Journée « Support. Don’t punish »

Développer les dispositifs de réduction des risques, politique dont on sait l’efficacité, c’est un défi pour « le monde d’après ».

Journée « Support. Don’t punish »

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Depuis 2013, à l’initiative de l’International drug policy consortium (IDPC), le 26 juin, c’est la journée « Support. Don’t punish » (Soutenons ne punissons pas), une journée dédiée au respect des droits humains, à la réduction des risques et aux alternatives en matière de prise en charge des addictions. L’occasion est donnée de revenir sur :

  • les principes fondamentaux de la réduction des risques en direction des personnes consommant des drogues (RdR),
  • l’efficacité incontestable de cette politique,
  • mais aussi le manque de volonté à faire aboutir certaines innovations prévues par la loi. 

L’efficacité de la politique de RdR

Face à l’apparition de l’épidémie du VIH/sida et son impact sur les consommateurs de drogues injectables, l’approche « tout répressif » prônée par la loi de 70 s’est révélée inadaptée pour répondre aux défis sanitaire et social. 
Une autre approche s’est développée : la réduction des risques.
Une politique de santé publique qui peut être définie comme l’ensemble des mesures visant à réduire les problèmes socio-sanitaires liés à la consommation de drogues.
Une politique de santé publique extrêmement efficace puisqu’elle a permis que la part des usagers de drogues injectables dans les nouvelles infections à VIH tombe à moins de 2%, depuis quelques années.

L’usager au cœur de la réponse

Si l’on résume les principes qui fondent la politique de RdR, on peut dire que c'est avant tout :

  • Une politique sociétale qui admet l'existence des consommations et des usagers de drogues, leurs difficultés et leur redonne un statut de citoyen à part entière, sans stigmatisation ou jugement
  • Une politique qui outille l’usager et le reconnaît comme responsable, pouvant agir sur lui et sur son environnement pour consommer à moindre risque, diminuer ou se sevrer
  • Une politique qui promeut la santé et la sécurité de tous et toutes
  • Une politique qui ne cesse d'innover et s'adapte à la réalité dans l'intérêt général

De ces principes, découle un certain nombre de dispositifs spécifiques aux produits ou aux pratiques de consommation. Parmi les principaux, citons :

  • l’accès aux seringues propres et les programmes d’échanges de seringues,
  • les traitements de substitution (buprénorphine et Subutex, méthadone …),
  • le réseau de structures d'accueil et de prise en charge des usagers de drogues via la création en 2005 des CAARUD et CSAPA, les salles de consommation à moindre risque…

La reconnaissance légale de la RdR

Dans le développement des dispositifs de RdR, une étape importante a été le vote de la loi de santé en 2016 dans le sens où elle a signé sa reconnaissance légale. La RdR quittait le chapitre consacré aux dispositifs de lutte contre le VIH/sida pour devenir un chapitre du code de la santé publique consacré à la « lutte contre les toxicomanies ». La RdR est ainsi devenue une réponse tout aussi légitime à l’usage récréatif de drogues que la prohibition ou les soins obligatoires. Concrètement, de nombreux dispositifs ont été prévus dans la loi de 2016 : le dépistage rapide (TROD) pour les hépatites, l’analyse de produits, la prévention des overdoses via la naloxone, la mise en place de la RdR en prison, l’expérimentation de Salles de Consommations à Moindre Risque (SCMR).

Des avancées attendues

Aujourd’hui, force est de constater que certaines mesures pourtant inscrites dans la loi ne sont pas appliquées ou que certains dispositifs prévus dans la loi n’ont pas trouvé concrétisation à hauteur des défis.
Prenons certains exemples mis en exergue par les acteurs de terrain 

  • La prison est toujours une zone de non-droit : toujours aucun programme d’échange de seringues n’y est possible alors que la prévalence du VIH y est 10 fois celle de la population générale et celle du VHC 6 fois celle de la population générale 
  • Le nombre de salles de consommation à moindre risque est toujours aussi faible : deux seulement sur le territoire français contre une quinzaine en Suisse …
  • L’analyse de drogues, consacrée comme mission de réduction des risques, ne fait pas l’objet d’instructions claires données par la DGS aux ARS pour leur permettre le financement de cette activité pourtant essentiel pour sensibiliser au mieux les consommateurs à la dangerosité des produits circulants
  • Le dispositif « Accompagnement et Education aux Risques Liés à l'Injection » (AERLI) n’est pas promu de la même manière et à hauteur sur l’ensemble du territoire 

Informer le grand public

Au-delà de la bataille politique, il y a également une autre bataille à mener : celle de l’opinion publique.
En effet, en matière de drogues, la décision politique ne se fait pas, comme dans d’autres domaines, via un processus rationnel guidé par une expertise. Elle est très liée à l’opinion publique : il faut donc informer nos concitoyens sur la politique de RdR et vulgariser les résultats des études prouvant son efficacité. 
C’est aussi l’opinion publique qui favorisera les évolutions politiques et en cela qu’il y a quelques années, et dans un contexte de débats houleux et excessifs sur l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque, le Crips Île-de-France avait créé la campagne « la RdR expliquée par ma grand-mère ».

Un défi pour « le monde d’après »

En voilà de beaux défis pour « le monde d’après » : faire que les politiques et le grand public ne se basent pas sur une stigmatisation des usagers et sur une approche moraliste des choses mais sur une approche bienveillante avec un objectif de santé publique. Assurément de réels défis pour « le monde d’après » !