"L’Union européenne doit agir contre la montée des LGBTphobies" / Par Jean Spiri, président du Crips Île-de-France

Dans plusieurs pays européens, comme la Hongrie, la Bulgarie, la Pologne ou la Roumanie, les gouvernements ont pris ou renforcé depuis le début de l’année des positions toujours plus ouvertement anti-LGBT. L’Agence européenne des droits fondamentaux indiquait qu’en 2020 43 % des personnes LGBT vivant dans l’UE se sont senties discriminées au moins une fois dans les douze derniers mois.

En Hongrie, le Parlement a voté en mai pour que les changements de sexe ne soient plus enregistrés à l’état civil et que le genre soit redéfini comme « une donnée biologique indépassable ». Cette décision a été prise malgré l’opposition du Conseil de l’Europe et du Parlement européen, et fait suite à la réélection de Viktor Orban en 2018. Son projet de créer une « nouvelle ère culturelle » promouvant les valeurs chrétiennes et traditionnelles semble justifier de nombreuses mesures, comme le rejet de traités sur les violences faites aux femmes, sur l’idée d’une protection des valeurs traditionnelles face à une « idéologie destructrice du genre ». Si l’homosexualité y a été dépénalisée en 1962, depuis quelques années la Hongrie assiste à de nombreuses tentatives de retour en arrière. Une version du pacs y existe depuis 2009, mais en 2011 un amendement à la constitution vient préciser que le mariage est nécessairement l'union entre un homme et une femme, avortant ainsi toute possibilité de faire évoluer la loi. La Hongrie vient ainsi s’ajouter à la liste des pays de l’Union ayant inscrit l’interdiction du mariage homosexuel dans leur constitution, aux côtés de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Bulgarie. À ce cadre légal s’ajoute une impunité des violences et crimes homophobes de plus en plus courants, forçant toujours davantage de personnes à vivre leur homosexualité dans la clandestinité. 

En Pologne, les localités « sans LGBT » continuent de pousser pour soi-disant défendre la sécurité des familles et des enfants. De plus en plus nombreuses, elles ont été recensées par des chercheurs dans ce qu’ils ont nommé à juste titre « l’Atlas de la haine ». Les agressions homophobes s’accumulent et semblent tolérées par le gouvernement. Cet été, 48 personnes ont été arrêtées à Varsovie lors d’une manifestation pacifique en solidarité avec une activiste LGBT, et les violences sont courantes. En parallèle, les discours de haine homophobes se multiplient dans les médias et au sein de la classe politique.

En Roumanie, depuis cet été, les écoles ont interdiction de parler d’éducation sexuelle aux enfants, et les études sur le genre sont désormais prohibées. 

La lutte contre la Covid au sein de l’Europe et la mise en œuvre d’un Plan de relance ambitieux ne doivent pas nous faire oublier le besoin impérieux d’agir contre les discriminations des droits des personnes LGBTQI+. Nous devons poursuivre l’éducation des plus jeunes afin de leur permettre de devenir une génération faite de respect et d’égalité. Il faut surtout passer de l’émoi à la sanction.

Il nous semble aujourd’hui impératif que l’Europe prenne des mesures contraignantes afin que cette vague anti-LGBT soit stoppée. La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle a pris effet à l’adoption du traité de Lisbonne le 1er décembre 2009. L’Union européenne s’est formellement engagée envers ses citoyens, par cette charte, à passer d’une communauté économique à une Union fondée sur l’état de droit et les droits de l’Homme. Le respect de cette charte, et ainsi des droits des personnes LGBT, doit être appliqué par tous les membres de l’Union. L’Europe ne peut se contenter d’édicter des chartes sans se soucier de leur application en matière de droits fondamentaux. La condamnation de principe ne peut suffire et l’Europe des droits de l’Homme doit affirmer haut et fort que tous les pays contrevenant aux droits fondamentaux seront durement sanctionnés. De la même façon, le respect de ces droits devrait faire partie des clauses nécessaires à une entrée d’un nouveau pays dans l’Union, ce qui n’est pour l’instant pas le cas.

Le Parlement européen, la présidente de la Commission, comme le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes Clément Beaune, ont eu l’occasion d’exprimer leur désaccord. Mais il est temps de passer aux actes en appliquant cette mesure. L’Europe dépassera la crise sanitaire, économique et sociale, mais l’Europe ne survivra pas à la perte de ses valeurs et de son âme. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’avenir d’un espace démocratique et social porteur de sens. À l’heure même où l’Union apporte des réponses claires aux défis économiques, elle doit démontrer qu’elle n’est pas seulement cet instrument économique, mais un projet inclusif pour chaque citoyen européen.