"La crise due au Covid-19 ne peut plus être une excuse pour regarder le VIH reprendre des forces"

Par Valérie Pécresse, Présidente du conseil régional d'Île-de-France et Jean Spiri, conseiller régional d’Île-de-France, président du Crips et ambassadeur "Région Île-de-France sans sida".

Tribune parue dans le Monde le 26 mars 2021

Après 40 ans de lutte contre le Sida, la crise Covid aura t'elle raison de nos espoirs de voir le VIH/sida disparaitre d’ici à 2030 ?

La crise sanitaire que nous traversons depuis maintenant un an a eu un impact indéniable sur la gestion de l’épidémie de VIH/sida. Les dépistages ont très largement baissé et accusent un retard dramatique. Pendant le premier confinement, c’est plus de 50% de dépistages en moins qui ont ainsi été effectués en France, et sur l’ensemble de l’année 10% de moins. Dans certains pays c’est près de 50% de moins sur toute l’année. Un retard de détection qui ne pourra qu’avoir un impact catastrophique sur la prise en charge et la mise sous traitement, l’un des premiers leviers pour mettre fin à l’épidémie de VIH/sida d’ici à 2030, en France et dans le monde.

Par ailleurs, les initiations de prise de prophylaxie pré-exposition (traitement médicamenteux qui empêche l'infection par le virus du sida chez des personnes séronégatives) ont baissé de façon quasiment similaire : 47% de moins pendant le confinement, 14% en fin d’année.

L’Onusida a ainsi déclaré que la crise sanitaire pourrait entraîner dans les deux années à venir une nouvelle hausse des contaminations et des décès dus au sida dans le monde.

Nos vies sont depuis le début de la crise en sommeil sur de nombreux plans. Certains projets sont à l’arrêt et il est difficile de prévoir ce que sera notre quotidien dans les mois à venir. Les grands rassemblements et évènements festifs ont disparu pour laisser place à une vie plus virtuelle. Il en est de même pour le Sidaction, qui ne pourra cette année encore pas se dérouler sous sa forme classique. Or, il s’agit là d’un évènement aux enjeux capitaux dans la lutte contre le VIH/sida.

Face à ce quotidien fait d’incertitudes, nous ne pouvons accepter qu’une épidémie vieille de 40 ans déjà regagne du terrain. Nous avons eu le temps de nous adapter à la crise du Covid, et elle ne peut plus être une excuse pour regarder le VIH/Sida reprendre des forces alors que tous les espoirs de le voir s’éteindre dans les années à venir étaient jusque-là permis. 

Les efforts de la recherche doivent être renforcés pour éviter ce désastre. Des moyens à la hauteur des enjeux doivent être mis en place concernant l’accès aux soins, la prévention, le dépistage et la mise sous traitement. Pas un jour de plus ne peut être perdu dans ce combat. Les acteurs de la lutte doivent être soutenus, logistiquement et financièrement.

Le Covid a rendu évident qu’une épidémie ne connait jamais de frontières, et qu’elle doit toujours être traitée de façon mondiale, en renforçant la coordination des actions à toutes les échelles. De même que nous ne sortirons pas de la crise Covid sans mener une stratégie forte à l’échelle mondiale, notamment concernant le dépistage et l’accès aux vaccins, la lutte contre le VIH doit être envisagée de façon globale, en renforçant l’ensemble des outils et acteurs de la lutte.

Les pouvoir publics doivent tirer les enseignements de cette crise et investir largement dans les systèmes de santé.

Alors, aujourd’hui plus que jamais, la participation au Sidaction ne doit pas être délaissée. Pour faire un don, composez le 110 ou rendez-vous sur sidaction.org.