Réduction des risques : regards critiques et perspectives

90è rencontre du Crips Île-de-France

16 juin 2014

Allocution d'ouverture de Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement de Paris
Lue par Jean-Luc Romero-Michel

Introduction
Jean-Luc Romero-Michel

Enjeux après l'arrêt consultatif du conseil d'Etat pour une salle de consommation à Paris : comment accompagner la RdR à l'injection ?
Animation par Marie Debrus, présidente de l'AFR

Pourquoi et comment accompagner l'injection ?

Marie Debrus, présidente de l'AFR

"On essaie d'être au plus près des pratiques réelles des personnes et de voir comment elles pourraient mieux gérer les risques liés à leur environnement et quand on est pas là."

Après avoir présenté l'AFR (Association française de réduction des risques), Marie Debrus reprend des éléments d'enquête sur l'épidémie de l'hépatite C et les complications liées aux injections. Elle décrit les pratiques à risques des usagers de drogue et souligne l'importance de la formation des usagers à l'injection. Non seulement d'un point de vue théorique, mais aussi concrètement en accompagnant les usagers. Elle souligne également l'importance de l'amélioration de l'environnement de l'injection notamment avec l'ouverture de salles de consommation à moindre risque (SCMR).

L'aspect politique et juridique

Laurent El Ghozi, président d'Elus, Santé publique & Territoires, président de l'association Sida paroles qui expérimente le projet d'accompagnement à l'injection.

"Pour faire évoluer la loi, il faut évidemment la transgresser."

Après la présentation de Sida paroles et d'Elus, santé publique et territoires, Laurent El Ghozi rappelle en quoi la réduction des risques est un problème de santé publique et donc un sujet politique. Il décrit le fossé entre les textes officiels existants et la jurisprudence à travers des exemples d'actions menées auparavant. Laurent El Ghozi conclut sur les possibilités d'actions à mettre en oeuvre, en accord avec les lois actuelles, telles que les processus expérimentaux et évalués.

Retour sur la salle Gaïa, son projet et la décision politique

Elisabeth Avril, directrice de Gaïa

"Le texte législatif court demandé par le Conseil d'Etat est prêt. Il est inclus dans la nouvelle loi de santé publique [...] et devrait être débattu en début d'année prochaine."

Elisabeth Avril retrace sur l'histoire du projet de SCMR depuis le début en 2009, reprenant toutes les réflexions menées autour de l'ouverture d'une salle de consommation. Elle revient également sur la décision du Conseil d'Etat n'autorisant pas l'ouverture de SCMR en raison de bases légales insuffisantes. Elisabeth Avril décrit alors les actions que Gaïa Paris s'efforce de continuer, comme les activités du camion et les maraudes dans les quartiers.

Débats

Le public et les intervenants échangent leur point de vue sur le cadre légal, l'attitude de la police parisienne, les financements, les pratiques dans les structures d'accueil et la possibilité de monter une campagne commune.Il est également rappelé qu'une campagne mondiale de sensibilisation, Support. Don't punish, a lieu le 26 juin.

Le point de vue des habitants concernés par la proximité avec des structures bas seuil

Didier Vincent, chargé des thèmes salle de conso, toxicomanie et RdR, Association Action Barbès

"Nous sommes favorables au projet de salle de consommation."

Didier Vincent présente l'association Action Barbès, dont le but est l'amélioration des conditions de vie du quartier. Il explique pourquoi les adhérents de l'association approuvent le projet de SCMR rue de la Chapelle malgré les inquiétudes et hostilités des habitants les plus proches de la future structure. Il revient ensuite sur les conditions d'installation de la salle de consommation, et insiste sur l'importance du succès de ce projet, qui passera par l'acceptabilité des riverains et parisiens. Il lui semble donc important d'informer aux mieux les populations, de faire preuve de pédagogie en dehors de tout contexte politique. Didier Vincent termine en affirmant la volonté de l'association de contribuer au projet en participant au comité de pilotage et à la diffusion d'information.

Les publics ultra minoritaires : usagers immigrés d'Europe de l'Est, quelles approches de RdR ?

Sandra Louis, chef de service, 110 les Halles

"Une des raisons de venue en France, est une volonté d'être pris en charge dans notre système de soins."

Sandra Louis présente le profil des usagers russophones : leur niveau socioculturel, leur culture, leurs pratiques d'injection, leurs méthodes de consommation, leur prise en charge médicale, leur statut dans leur pays, leur motivation à s'installer en France ... Elle poursuit en décrivant les adaptations que le centre 110 les Halles a mises en œuvre pour accueillir et informer le public russophone. En raison de leurs pratiques et modes de vie différents, elle insiste sur l'importance d'adapter les outils de dialogue, de prévention, de sensibiliser au dépistage et de proposer un accompagnement social adapté. Sandra Louis conclut en rappelant qu'il est important d'éviter toute exclusion de ces publics dans les dispositifs de RdR.

Comment font les Genevois pour gérer les relations avec le voisinage ?

Martine Baudin, présidente de Première ligne, Suisse

"Démystifier ce que représente une salle de consommation"

Clip amateur présentant Quai 9, la SCMR de Genève.

Martine Baudin présente l'expérience suisse en matière d'installation de SCMR. Elle raconte notamment le long travail sur les représentations et les valeurs auprès des riverains et des politiques, en collaboration avec les usagers de drogue. Martine Baudin précise les actions menées auprès des riverains via l'instauration de soirées publiques permettant d'informer, expliquer, écouter et créer le contact entre les usagers de drogue, les professionnelset le voisinage. Elle recommande de commencer ce travail dès le démarrage de la salle de consommation. Martine Baudin souligne la continuité de ce travail de contact entre le voisinage et les usagers de drogue par la mise en place d'un journal écrit en partie par les usagers et les voisins et par le ramassage de seringues par les usagers eux-mêmes.

Débats

Le public et les intervenants échangent principalement leur point de vue sur la communication envers les riverains d'une salle de consommation : à quel moment informer les habitants ? Sur quels sujets ? La RdR et/ou les SCMR ?

La RdR en milieu festif
Animation par Thierry Charlois, Fêtez Clairs

La place du modèle communautaire

Fabrice Perez, volontaire, Techno+

"Les avantages de la démarche communautaire ont été très bien compris [...], mais on n'a pas saisi l'essentiel [...]"

Fabrice Perez rappelle ce qu'est le modèle communautaire, son efficacité et ses avantages. Pourtant il constate une mauvaise mise en pratique dans le cadre de la RdR en milieu festif. Fabrice Perez porte un regard pessimiste sur le modèle communautaire en déclin, notamment avec la difficulté d'obtenir des subventions pour des associations uniquement communautaires ; l'évolution de l'addictologie comme science médicale et la professionnalisation des intervenants de terrain.

Pour réduire les risques au plus près des usages : travailler avec les dealers ?

Vincent Benso, sociologue, Techno+

"Oser le trafic de drogue comme objet de travail."

Vincent Benso reprend les résultats d'une étude concernant les usagers et revendeurs de drogue. Il souligne plusieurs points importants comme les motivations des revendeurs et les mécanismes d'engrenage liés à l'usage/revente.Il revient également sur le stéréotype du dealer par rapport à l'évolution du trafic de drogue. La revente allant souvent de paire avec l'usage, Vincent Benso propose de travailler sur la RdR avec les dealers, qui pourront adapter leurs propres pratiques et diffuser les informations aux usagers.

Débats

Le public et les intervenants échangent leur point de vue sur l'approche des jeunes dealers et sur le statut des intervenants dans le modèle communautaire.