Entrée dans la sexualité à l'adolescence et consentement : enjeux pour les intervenant·e·s en milieu scolaire

Conférence-débat du Crips Ile-de-France

12 octobre 2015

L’enquête réalisée par l’Injep en 2014-2015, vise à comprendre la construction sociale du consentement tant dans les interventions des animateurs·trices de prévention en milieu scolaire que dans les pratiques et représentations des jeunes. Elle repose sur des entretiens individuels auxquels s’ajoutent des entretiens collectifs et des observations de terrain menées lors d’une trentaine de séances d’éducation à la sexualité au cours de l’année 2014-2015, en lycées ou dans les CFA d’Ile-de-France

Entrée dans la sexualité des adolescent·e·s : la question du consentement

Présentation des résultats par Yaëlle Amsellem-Mainguy, Chargée d’études et de recherche à l’Injep et Anthony Fouet, Doctorant en sociologie à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Au sein de notre société, les représentations autour de la sexualité des jeunes sont nombreuses et sources bien souvent de stigmatisations.

Les grandes enquêtes montrent que l’âge médian au premier rapport sexuel est resté relativement stable depuis environ trente ans, et que parallèlement les jeunes sont aujourd’hui de plus en plus confrontés à des messages normatifs plus ou moins contradictoires avec lesquels ils composent pour orienter leurs comportements.

Le consentement une affaire de fille ?

Les observations menées au cours des séances d’éducation à la sexualité en milieu scolaire montrent que beaucoup d’adultes n’utilisent le terme « consentement » qu’au féminin, stéréotype qui se retrouve également dans les propos des jeunes interrogé·e·s.

Dans un contexte où l’obtention du plaisir est la finalité principale d’une relation sexuelle, le consentement tient une place centrale où se jouent inégalement les rapports sociaux entre les filles et les garçons. Ces derniers, pour prouver leur virilité, se doivent d’avoir une sexualité « active » et doivent « dire oui » à tout rapport sexuel. Les filles doivent, quant à elles, « apprendre à dire non », refuser des avances sexuelles.

Le lieu de la rencontre et le temps restreint dont disposent les jeunes influencent les négociations autour du consentement. Les jeunes filles rencontrées ne considèrent pas toutes les parties de leur corps de la même façon en terme de consentement. Les garçons rencontrés déclarent être préoccupés, quant à eux par le décryptage des gestes de leur partenaire car plane sur leurs relations le spectre du viol. 

L'idée du consentement différent pour chacun

Pour les jeunes interrogé·e·s, l’identification du consentement dans un jeu amoureux doit avant tout se faire naturellement. Au cours des différents entretiens menés, les jeunes semblent définir inconsciemment une typologie de rapport sexuels liés à différents niveaux de consentement :

  • on retrouve le fait « d’avoir eu envie » de faire l’amour et « d’avoir accepté » de le faire,
  • le fait « d’avoir cédé » (sous la pression),
  • d’avoir « été influencé » (bien souvent avec l’usage de produits psycho actifs) voire « forcé.e » (viol).

Cette diversité des rapports sexuels aide à comprendre de quelle manière la marge de négociation des jeunes, en ce qui concerne la prévention et la contraception, est nécessairement liée aux degrés d’investissement et de désir dans lesquels se déroulent les rapports.

Les propos des jeunes rencontrés montrent que dans le cadre d’une relation affective stabilisée, une relation amoureuse, le consentement n’a plus à être questionné. Chaque pratique sexuelle réalisée s’inscrit ensuite dans les scripts sexuels possibles du couple, quel que soit le ressenti des partenaires, notamment des filles.

Pour lire les résultats complets :

le rapport complet
la synthèse

Par quelles actions peuvent se traduire les résultats de l’enquête portant sur les pratiques éducatives au sein d’une structure ?

L’enquête qualitative réalisée par l’Injep a avant tout été réalisée dans l’objectif que ses résultats puissent être utilisés par les acteurs de terrain afin d’améliorer leurs pratiques au quotidien.

Au Crips Ile-de-France, l’enquête a permis d’étoffer le dispositif d’accompagnement de ses professionnel·le·s et de mettre en place des temps d’expérimentation de la pédagogie critique de la norme[1].

Tout·e professionnel·le intervenant auprès des jeunes dans les champs de l’éducation, de la prévention et du soin peut s’emparer des pistes de réflexion issues des résultats de l’enquête, que ses interventions relèvent d’accueils individuels ou d’actions collectives.

[1] Voir : Elise Devieilhe. Représentations du genre et des sexualités dans les méthodes d’éducation à la sexualité élaborées en France et en Suède. Sociology. Université de Caen, 2013.

Les résultats de l’enquête de l’Injep mettent en avant la nécessité de :

  • travailler sur les stéréotypes,
  • réfléchir à la question des normes sociales dans la vie affective et sexuelle,
  • mesurer l’impact que peuvent avoir les discours alarmistes permanents à propos de la jeunesse sur les professionnel·le·s.

Plusieurs pistes d’actions ont été exposées lors de la conférence-débat :

Mobilisation de la loi en séance d’éducation à la sexualité

Par exemple, pour travailler sur la représentation selon laquelle les violences sexuelles sont principalement commises par des personnes inconnues, on pourra spécifier les circonstances aggravantes que représente le fait qu’il y ait ou ait eu un lien conjugal ou amoureux entre la personne qui agresse et la victime. Les violences sexuelles au sein du couple pourront ainsi être introduites et débattues.

Attention portée aux terminologies utilisées

C’est le cas du terme « majorité sexuelle » qui peut renforcer une fausse croyance selon laquelle la sexualité avant 15 ans serait interdite. De même, en animation les adultes peuvent choisir d’illustrer des mises en situation mobilisant, dans des couples hétérosexuels, des filles étant à l’initiative des relations sexuelles. On évite ainsi de renforcer la représentation selon laquelle les hommes auraient par nature plus de besoins sexuels que les femmes.

Pratique professionnelle inclusive.

Différence entre exclusion, ségrégation, intégration et inclusion, l'exemple du handicap.

Au contact du public, le fait d’adopter une démarche inclusive permet de s’adresser à l’ensemble des jeunes. Le discours et le matériel distribué doivent être pensés pour que chaque personne puisse se reconnaître dans ceux-ci.

La brochure "Choisir sa contraception", Inpes.

Par exemple, on pourra choisir d’orienter les jeunes vers des sites internet représentant toutes les populations quelles que soient leurs origines, orientations sexuelles, poids, couleurs de peau etc. On peut prendre comme exemple la brochure « choisir sa contraception » qui s’adresse aux hommes et femmes de différentes origines et de plusieurs générations différentes.

Identification dans la société et dans sa pratique professionnelle des normes

Les normes sociales liées à la vie affective et sexuelle peuvent être suivies sans même y penser. C’est le cas des normes hétérosexuelle, monogame, conjugale et amoureuse ou encore pénétrative.
La pédagogie critique de la norme développée en milieu scolaire en Suède paraît particulièrement adaptée pour identifier les normes et réfléchir aux rapports de pouvoir sous-tendus. Elle permet de travailler les compétences psycho-sociales liées à l’empathie, la communication ou encore l’esprit critique.

Pour aller plus loin

Dossier d'informations

Dossier sur l'égalité et le respect dans les relations filles garçons qui propose des informations et des ressources pour les professionnels désirant mener des actions auprès des jeunes.

Ressources

Sélections de documents pour travailler sur l'égalité et le respect dans les relations filles/garçons.

Outils d'animation

Sélections d'outils pour mener des actions de prévention du sexisme et de la violence liée au genre auprès des jeunes.