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Papillomavirus : les HPV et la vaccination

L’infection à papillomavirus est une des IST les plus fréquentes dans le monde.
Dans 10 % des cas, le corps n’arrive pas à se débarrasser de l’infection. Celle-ci peut alors être à l’origine de lésions précancéreuses, qui évoluent en cancers sur plusieurs années.
La vaccination, qui prévient l’infection responsable d’une importante proportion de cancers liés aux papillomavirus, est un enjeu de santé publique majeur.

Les papillomavirus humains

Les papillomavirus humains (HPV) sont une vaste famille de virus particulièrement contagieux. On en dénombre environ 200 types, que l’on classifie en fonction de leur tropisme - c'est-à-dire leur capacité à s’accumuler dans certains tissus -, et de leur pouvoir pathogène - c'est-à-dire leur capacité à provoquer une maladie-. Tous les HPV ne provoquent donc pas automatiquement un cancer, mais beaucoup sont responsables de différentes lésions de la peau et des muqueuses.

6000 cancers
sont dus aux HPV chaque année en France. (1)
Seules 37,4 %
des jeunes filles françaises possédaient un schéma vaccinal HPV complet en 2021. (2)
80%
des personnes sexuellement actives seront infectées par un HPV au cours de leur vie. (3)

(1) Centre International de Recherche sur le Cancer, 2018.
(2) Santé Publique France, 2022. 
(3) Institut National du Cancer, 2020. 

 

 

La grande famille des HPV colonise différents tissus. Certains génotypes infectent la peau, d’autres les muqueuses génitales. Les HPV sont par exemple responsables des verrues cutanées, et notamment des verrues plantaires que l’on attrape communément et à tout âge à la piscine ou en salle de sport.

On les divise en trois groupes :

  • Les HPV de types cutanés, qui colonisent la peau. 
  • Les HPV de types cutanés et génitaux à potentiel cancérigène faible. Ils sont responsables des condylomes (petites lésions dans les muqueuses) et des verrues génitales, qui évoluent rarement en cancer.
  • Les HPV de types cutanés et génitaux à potentiel cancérigène élevé, qui sont responsables de cancers. Les plus communs et les plus dangereux sont HPV-16 et HPV-18.

L'infection à HPV est une des IST les plus fréquentes.

La plupart des infections ont lieu lors des premiers rapports sexuels
Au cours de leur vie, 80 % des personnes sexuellement actives, femmes et hommes, seront infectées par un HPV.

Les symptômes d’une infection HPV

Comme pour beaucoup d’IST, une infection HPV est le plus souvent asymptomatique. Un dépistage régulier est donc nécessaire. Selon le génotype qui cause l’infection et le tissu qu’il colonise, les lésions et symptômes sont divers. Ces symptômes peuvent inclure :

  • L’apparition de verrues cutanées.  
  • L’apparition de condylomes, ou verrues génitales, au niveau des organes génitaux ou de l’anus.
  • Des saignements anormaux entre les règles ou pendant les rapports sexuels.
  • Des douleurs pendant les rapports sexuels.

Ces lésions peuvent apparaître dans les quelques mois suivant la contamination, mais aussi des années plus tard, dans le cas d’une infection latente.

La transmission des papillomavirus

Les papillomavirus humains se transmettent par contact cutané direct, de peau à peau, mais pas seulement. Pour certains HPV, la transmission peut aussi se faire de manière indirecte via l’intermédiaire d’objets contaminés

Les rapports sexuels, y compris les rapports bucco-génitaux, sont le premier mode de transmission des HPV. Toutes les pratiques peuvent être contaminantes, particulièrement avec pénétration (anale, vaginale, ou buccale). Il suffit d’une petite lésion sur la peau ou les muqueuses pour que le virus pénètre dans l’organisme.

La transmission est favorisée par : 

  • Un nombre élevé de partenaires sexuels.
  • La précocité des rapports.
  • L’association à une autre IST.
  • Une immunodépression.

La transmission par l'intermédiaire d'objets comme des sous-vêtements, des sextoys, des serviettes de toilette ou tout objet ayant une surface de contact est rare, mais possible. Les HPV ont une grande résistance aux conditions environnementales qui ne leur seraient pas favorables, notamment ceux qui causent les verrues plantaires.

La transmission mère-enfant est possible lorsque l'infection à HPV est active chez la mère, mais reste très rare. Elle peut se faire pendant la grossesse ou lors de l’accouchement. 

Papillomavirus humains et cancers

Les HPV sont responsables de 5 % de l'ensemble des cancers dans le monde. Les papillomavirus oncogènes, responsables de ces cancers, provoquent le développement de lésions précancéreuses qui peuvent évoluer en cancer au bout de plusieurs années.

Le papillomavirus humain (HPV) est le plus souvent éliminé spontanément par le système immunitaire de la personne contaminée. Mais dans un cas sur dix environ, l'infection devient persistante et active. Elle peut alors entraîner des lésions qui, à long terme, sont susceptibles de se cancériser.

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L’infection à HPV est surtout connue dans le cadre du cancer du col de l’utérus, car 100 % des cas sont dus à cette infection. Cependant, les papillomavirus sont aussi responsables d’autres types de cancers : vulve, vagin, anus, pénis, et de plusieurs cancers des voies aérodigestives supérieures (cavité orale, oropharynx, amygdales). La part des cancers attribuables aux HPV varie selon le type de cancer.

Se protéger des HPV : protection pendant les rapports sexuels, dépistage et vaccination

Une protection efficace contre les papillomavirus s’appuie sur trois axes : des rapports sexuels protégés, un dépistage régulier et la vaccination.

Dans le cadre d’un rapport sexuel, l’utilisation d’un préservatif permet de limiter le risque d’infection à HPV. Cependant, cette prévention n’est que partielle, car les HPV peuvent aussi être présents sur la peau non couverte par le préservatif.

La vaccination HPV permet de prévenir les lésions précancéreuses qui sont provoquées par les HPV cancérogènes. Les vaccins disponibles contre les papillomavirus ne protègent pas contre tous les types de HPV, mais sont tous efficaces contre les plus cancérigènes. Ainsi, de nombreuses études ont attesté de leur efficacité à réduire le nombre d’infections HPV, de condylomes et de lésions précancéreuses.

En plus d’un schéma vaccinal complet et de rapports sexuels protégés, il est important de se faire dépister régulièrement. En cas de symptômes physiques comme des verrues génitales, il faut consulter un médecin généraliste, un proctologue, un gynécologue, une sage-femme ou un dermatologue, qui pourra orienter la personne vers un traitement adapté.

En l’absence de verrues ou de condylomes, le dépistage HPV n’entre pas dans un bilan IST classique, car dans 90% des cas le virus est éliminé par le système immunitaire dans les deux ans après l’infection. De plus, il n’existe pas de test sanguin de dépistage. Chez les femmes, à partir de 25 ans, le dépistage se fait par un examen cytologique, plus communément appelé “frottis”. Le frottis permet de prélever des cellules du cervix et de l’utérus afin de les observer au microscope et de détecter une potentielle anomalie morphologique, ou de détecter de l’ADN des virus HPV à haut risque chez les femmes. Il est recommandé de faire cet examen tous les trois ans. Il peut être réalisé par un généraliste, un gynécologue ou une sage femme.

Chez les hommes, le dépistage HPV n’est pas automatique. Un dépistage par examen cytologique est aussi possible dans les centres de santé sexuelle ou en consultant un proctologue.

La vaccination HPV

La vaccination HPV contribue à prévenir l’infection responsable d'une proportion importante de lésions précancéreuses et/ou de cancers du col de l'utérus, de la vulve, du vagin ou de l'anus dus aux HPV. Depuis 2017, deux vaccins prophylactiques contre les infections par les papillomavirus sont disponibles et recommandés en France. Les deux vaccins ont démontré leur efficacité, via des essais cliniques, dans la prévention des lésions précancéreuses.

La vaccination contre les infections à papillomavirus humains est recommandée pour toutes les jeunes filles entre 11 et 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle. En effet, la vaccination est d'autant plus efficace que les jeunes filles n'ont pas encore eu de rapports sexuels ayant pu les exposer au virus.

Les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé ont étendu la stratégie vaccinale. Depuis le 1er janvier 2021, la vaccination HPV est recommandée :

  • chez toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans révolus (schéma à 2 doses),
  • avec un rattrapage possible pour tous les adolescents et jeunes adultes (hommes et femmes) de 15 à 19 ans révolus (schéma à 3 doses) ;
  • chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) jusqu’à l’âge de 26 ans (schéma à 3 doses). 

La vaccination se fait principalement avec le vaccin Gardasil® 9, actif contre 9 génotypes de papillomavirus humains. Le vaccin est remboursé à 65 % par l'Assurance maladie, sur prescription médicale. Les mutuelles et complémentaires santé peuvent compléter le remboursement. Dans certains centres de vaccination, la vaccination peut être gratuite.

La vaccination HPV : un enjeu de santé publique

Depuis son introduction en France, la vaccination HPV ne rencontre pas de franc succès. En 2021, seules 37,4 % des jeunes filles de 16 ans possédaient un schéma vaccinal complet (Santé publique France, avril 2022). Malgré un taux de couverture en augmentation ces dernières années, celui-ci reste loin de l’objectif fixé par les autorités de santé d’atteindre 70 % de couverture vaccinale chez les jeunes filles de 16 ans.

Une haute prévalence, une augmentation du nombre de cancers associés, une transmission difficile à éviter totalement, une mauvaise connaissance de la maladie, l'existence d'une vaccination trop peu réalisée en France : l'infection à papillomavirus est un enjeu de santé particulièrement important chez les jeunes filles.

Cette faible adhésion au programme de prévention ne permet de bénéficier ni de l’efficacité vaccinale constatée dans d’autres pays, ni de l’immunité de groupe attendue. En effet, le vaccin est une arme redoutable contre les cancers causés par les papillomavirus humains, et en particulier contre le cancer du col de l’utérus. Une étude épidémiologique pilote a révélé que l’Australie n’aura plus de nouveaux cas de cancer du col de l’utérus d’ici moins de vingt ans. La cause ? Une couverture vaccinale qui atteint 80 % des Australiennes et 75 % des Australiens de 15 ans, résultat d’une campagne de vaccination gratuite lancée en 2007 dans les collèges. 

En France, de nombreuses réserves exprimées face à la vaccination HPV ont pour origine les liens faits entre ces vaccins et certaines maladies auto-immunes. Une large étude menée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a analysé la survenue de 14 maladies auto-immunes sur une cohorte de 2,2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans, y compris les affections démyélinisantes du système nerveux central qui inquiétaient le grand public. 12 d’entre elles, y compris l'hypothèse d'un surrisque de sclérose en plaques (SEP), ont été complètement écartées par cette étude.

L’analyse statistique a fait ressortir un léger surrisque, statistiquement significatif, de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Il est probable que les cas de MICI diagnostiqués au cours des premiers mois suivant la vaccination correspondent à des symptômes apparus avant l'immunisation. Alors qu’aucun surrisque de MICI n'a été suggéré par d'autres études antérieures sur la sécurité des vaccins HPV, les auteurs indiquent que la relation causale entre vaccination et MICI ne peut néanmoins "pas être totalement exclue".

La large étude menée par l’ANSM a de plus révélé une forte augmentation des cas de syndrome de Guillain-Barré chez les jeunes filles vaccinées. Bien qu’aucun lien de cause à effet ne soit fait, le nombre de cas attribuables aux vaccins HPV, dans l’hypothèse d’une causalité, serait d’un à deux cas pour 100 000 filles vaccinées, ce qui reste extrêmement limité. De plus, l'évolution des cas de syndrome de Guillain-Barré identifiés dans l'étude a été favorable après le séjour hospitalier. En général, chez l'enfant, les taux de récupération complète sans séquelle de ce syndrôme sont estimés entre 90 % et 100 %.

En conclusion, les scientifiques ont jugé les résultats de cette étude rassurants, estimant que les bénéfices attendus de cette vaccination en termes de santé publique restaient bien plus importants que les risques auxquels elle peut exposer les jeunes filles. Les papillomavirus sont responsables de plus de 6000 cancers par an en France, qui pourraient être évités par la prévention, et notamment par la vaccination.

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    Date de publication: 2019
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