VIH et seniors

Aujourd’hui, plus de 40% des personnes vivant avec le VIH en France ont plus de 50 ans. Ce chiffre, les acteurs de la lutte contre le VIH/sida le connaissent bien, mais au-delà de ce cercle d’acteurs ? Ce chiffre emporte avec lui bon nombre de questionnements sur l’organisation de sa vie, sur sa santé avec la question des co-morbidités, sur l’adaptation des instituts aux personnes vivant avec le VIH, maladie source de très fortes discriminations. Dans tous les cas, ces questionnements ne sont pas théoriques mais bel et bien concrets et la question des personnes séropositives vieillissantes doit être vue comme une priorité.

Témoignages

Francis Carrier - président de Grey Pride, et Benoît Félix - infirmier en santé publique au Crips Île-de-France, sont deux personnalités de la lutte contre le VIH/sida. Ils ont accepté d’aborder tous les enjeux de cette thématique sans rien éluder : sexualité des personnes, notion de qualité de vie, formation des acteurs du secteur, réponses politiques, discriminations…

Deux entretiens sans langue de bois qui intègrent cette question de la vie avec la VIH dans une réflexion plus large et sur la place que la société donne - ou ne donne pas - aux seniors.

Francis Carrier, président de Grey Pride

Benoît Félix, infirmier en santé publique, Crips Île-de-France

Pour aller plus loin

La situation en chiffres

C’est une bonne nouvelle : les personnes vieillissantes vivant avec le VIH sont de plus en plus nombreuses tant en raison de l’amélioration des traitements et de la chronicisation de la maladie que d’une infection tardive.

Concrètement, parmi les 170.000 personnes séropositives France, plus de 40% ont plus de 50 ans. Ce pourcentage va automatiquement augmenter ces prochaines années.

Les seniors séropositifs : un public touché par un cumul de vulnérabilités

La population des seniors VIH peut être qualifiée de prioritaire tant elle cumule les vulnérabilités, tant au niveau social que médical.

Au niveau social

C’est bien l’isolement qui est le principal problème. L’enquête de AIDES « Vieillir avec le VIH. Enquête auprès de personnes vivant avec le VIH de 50 ans et plus fréquentant AIDES en France métropolitaine en 2012 » laisse apparaître une accentuation de l’isolement et du sentiment de solitude : 72,3% des PVVIH de plus de 50 ans se déclarent seules et/ou célibataires (alors que 70% des personnes de plus 45 ans sont en couple en population générale selon l’INSEE).

Pire encore, une personne sur troisn’a jamais quelqu’un à qui parler en cas de besoin.

Au niveau médical

La prévalence des comorbidités susceptibles de générer une perte d’autonomie est plus élevée qu’en population générale. Ainsi, sur l’ensemble des patients vivant avec le VIH en France, la moitié a au moins une comorbidité et 25 % au moins deux.

Pour un suivi et une prise en charge médicale adaptés

L’enjeu de l’accueil des personnes vieillissantes vivant avec le VIH

Il se pose donc - et il se posera de plus en plus - la question de l’accueil en Ehpad et en USLD des personnes vivant avec le VIH, un enjeu majeur pour les années à venir comme le note le rapport Morlat : « il faut donc s’attendre, dans les années à venir, à une augmentation de demandes dans les établissements de la filière gériatrique ».

Une réticence attestée des Ehpad et autres établissements d’accueil pour personnes âgées à accueillir les PVVIH et un besoin avéré de formation

Les différentes enquêtes sur le sujet donc celle de la DGS (Étude sur la prise en charge des personnes vieillissantes vivant avec le VIH/Sida. Rapport 2013) mettent en exergue de manière globale une réticence des Ehpad et autres établissements d’accueil pour personnes âgées à accueillir les PVVIH.

Plusieurs facteurs tendent à expliquer cet état de fait :

  • La méconnaissance de la pathologie et des préjugés sur les personnes séropositives.
  • Les régimes de tarification : les établissements ne sont pas incités à intégrer des résidents ayant des traitements au long cours avec donc un coût important. Les enquêtes sont concordantes sur ce point et indiquent que le coût des traitements est un obstacle pour 50% des établissements, y compris chez ceux ayant accueilli des PVVIH.
  • Une potentielle homophobie dans le cas de patients LGBT.

Un besoin en termes de formation

Face à ce constat, les établissements sont clairement en demande de formation: l’enquête du COREVIH Vallée du Rhône (Enquête VIH en Ehpad et USLD Corevih Lyon Vallée du Rône, 2013) met en lumière le fait que les établissements sont en demande sur cette thématique : ainsi « 63% (…) sont demandeurs de formation concernant l’accueil des PVVIH, y compris ceux ayant déjà une expérience avec des résidents VIH » et « 66% pensent que la prévention des risques sexuels est une thématique qui pourrait être développée en Ehpad . »

C’est pour cela que le Crips Île-de-France a développé une formations spécifique : « La vie affective et sexuelle des personnes âgées en institutions ».

L’objectif de la formation est de permettre aux professionnels de travailler sur leurs représentations, de les aider à se positionner face à des manifestations de l’affectivité ou de la sexualité chez les personnes âgées et de pouvoir aborder le sujet avec les résidents ou leurs familles.

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