CRIPS ÎLE-DE-FRANCE

Billet de blog // 25-03-22 // L’expression artistique, instrument de prévention dans la lutte contre le VIH/sida

Par Sylvie Carillon, présidente du Crips Île-de-France
Publiée par le Huffington Post le vendredi 25 mars 2022

Le monde des arts est un relai actif de prévention, de sensibilisation et de vulgarisation de la lutte contre le VIH

Dès les premières années, les salles obscures comme les théâtres s’emparent du sujet, et mettent en lumière une réalité éloignée des fantasmes et des clichés. En 1985, soit à peine deux ans après son identification par des chercheurs de l’Institut Pasteur, le Film Buddies, tourné par Arthur Bressan, est l’un des tous premiers films à traiter de l’épidémie de sida et du lien entre le malade et le jeune aidant. Il est suivi de quelques semaines dans les cinémas par l’œuvre de John Erman, An Early Frost, qui montre la maladie dans la vie quotidienne et familiale. Comme bien souvent, avant tout autre, le monde des arts s’est emparé du sujet et s’est appliqué à l’observer, à le sonder, à le tourner sous tous les angles, à le comprendre et à le démocratiser.

À l’indifférence générale et au rejet du malade du sida qui présidaient alors, la communauté artistique a répondu par l’exposition de la maladie sur toutes les scènes, sur grand écran, face au public. Cette maladie délaissée par la recherche et qu’on cantonnait à la communauté gay devint un objet de travail pour être projetée aux yeux de tous. Pour la première fois, les malades et leurs familles eurent un visage, et la maladie représentée dans la vie quotidienne put être mieux comprise.

Le cinéma hollywoodien prit sa part en relayant une histoire inspirée de l’avocat Geoffrey F. Bowers victime de discrimination liée au SIDA dans le film Philadelphia soutenu par des acteurs de grand renom (Tom Hanks, Denzel Washington). En France, Cyril Collard réalisa le film autobiographique Les nuits fauves en 1992. Sans oublier le cycle littéraire des Chroniques de San Francisco, série de romans compilant les histoires quotidiennes écrites par l’écrivain américain Armistead Maupin, et adaptée en série en 2019.

Le monde des arts a ainsi joué un triple rôle dans la lutte contre le VIH/sida : informer, alerter et changer le regard sur la maladie.

Ces trois objectifs se sont successivement croisés dans l’histoire de la lutte et ont permis à la société de prendre en compte ses malades, de récolter des fonds pour la recherche et pour les soins et de sensibiliser le grand public, l’un des remèdes les plus efficaces contre l’épidémie de sérophobie si dangereuse et douloureuse pour les personnes séropositives.

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Les conditions de vie des personnes infectées par le VIH ont depuis très largement évolué. Si l’espérance de vie d’un malade était de deux ans en 1985, le suivi du traitement permettant une charge virale indétectable la rend désormais tout à fait équivalente à celle d’une personne séronégative. Nous assistons donc à un tournant dans la lutte contre le VIH, en particulier dans les pays comme le nôtre où la prise en charge médicale est efficace. Les personnes séropositives peuvent vivre une vie normale. Elles n’en meurent plus et ne transmettent même plus le VIH à leur(s) partenaire(s).

Pourtant, il reste encore du chemin à parcourir pour que le rejet qu’elles connaissent dans la société continue de se réduire. Après plus de quarante ans de lutte, le combat principal qu’il nous reste à mener en France est celui du rejet de l’autre. Selon une enquête réalisée par le CSA en 2021 pour le Crips Île-de-France, 36% des parents interrogés déclaraient qu’ils seraient mal à l’aise si la personne qui garde leur enfant était séropositive.

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Des séries télévisées très populaires ont su prendre en compte cette réalité mais également les immenses progrès de la prévention.

La saison 3 de Sex Education, série qui a remporté un grand succès auprès des adolescents et jeunes adultes, évoque par exemple de manière claire et pédagogique l’existence de traitements comme outil de prévention tant pour les personnes séronégatives (PrEP) que séropositives (TasP). La série Skams parle quant à elle avec justesse de la vie avec le VIH. Ces fictions ont une très large audience et permettent indubitablement de faire évoluer les mentalités. Elles ont pris le rôle de fers de lance de la déstigmatisation des malades du VIH/Sida.

Cette lutte doit se poursuivre pour faire reculer et mettre fin à la sérophobie, pour que la recherche continue d’être financée, pour que les personnes exposées se dépistent toujours davantage. Pour espérer mettre fin à l’épidémie, d’ici à 2030. Ce mardi 22 mars, une nouvelle œuvre de Fabrice Hybert, L’Artère 2022, a été inaugurée au Campus Condorcet Paris-Aubervilliers. Deux nouvelles peintures de Fabrice Hybert qui prolongent L’Artère-Le Jardin des dessins, l’œuvre du Parc de la Villette qui raconte l’histoire des vingt-cinq premières années de la lutte contre le sida, y seront présentées. L’occasion de montrer que l’histoire continue de s’écrire. Dans le même temps, les 25-26 et 27 mars aura lieu le Sidaction auquel participent de nombreuses personnalités du monde du spectacle. Ce sont toutes ces actions menées en étroite collaboration avec la communauté artistique et leur impact qui nous donnent l’espoir d’un jour voir naître un monde sans sida et sans discriminations.

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