« … il n’y a pas que les études dans la vie. »

La situation sanitaire actuelle engendre une augmentation notable des troubles psychologiques dans la population, notamment chez les jeunes qui souffrent d’anxiété et de dépression liées au bouleversement de leurs conditions de vie. 

Nous avons recueilli le témoignage d’une étudiante en deuxième année de licence de géographie à l’université Gustave Eiffel (Marne-la-Vallée, en Seine-et-Marne), qui raconte l’impact du Covid sur sa vie quotidienne.

Comment vas-tu, en cette période d'épidémie de Covid ?

Ça va. Ça pourrait aller mieux, ça pourrait aller pire… Je suis en vacances pour le moment, donc je fais le plein et je continuerai avant d’être chargée de devoirs et de cours.

Parmi les restrictions liées à la situation sanitaire, qu’est-ce qui pèse le plus sur ton moral ?

Les cours à distance.

On ne peut pas apprendre comme il se doit chez nous, même si nous sommes technologiquement équipés avec des ordinateurs, tablettes… Pour moi le travail de groupe est réellement productif lorsqu’on se voit « en présentiel », et le travail tout court quand on peut avoir accès à des supports matériels comme les livres de la bibliothèque.

Mais surtout pour moi, l’université ce n’est pas seulement aller en cours et travailler. C’est partager des choses avec des personnes de différents horizons, des profs, mes amis. La fac réunit tout ce dont j’ai besoin au quotidien : sport, amis, études. Et on me prive de ça, en plus de me priver de ma vie à côté (famille, amis, cinémas, musées, fêtes…).

Je ne suis pas seule chez moi, ce qui est un bon point, mais la situation est stressante car mes parents travaillent dans des secteurs très touchés par le Covid. Donc mon moral est aussi impacté par leurs soucis. On en revient toujours au problème d’être enfermé toute la journée à la maison. Avec le couvre-feu on n’a même plus le temps de sortir après les cours. 

Comment est-ce que tu fais face ? Est-ce que tu as recours à de l'aide (plateforme téléphonique d'aide psychologique...) ?

Je n’ai recours à aucune aide parce que je vis dans un petit appartement où ma famille pourrait entendre les conversations et je n’ai vraiment pas envie. Et je ne ressens pas forcément le besoin de parler.

Pour faire face à cette vie pas normale du tout, où je vois mes amis seulement quelques heures par mois, j’ai mes propres méthodes, où l’organisation est de rigueur pour ne pas que je me fasse submerger par mes cours (ce qui a été le cas avant les vacances de Noël). Je m’investis dans des nouveaux projets à distance, je fais des choses qui me plaisent (films, séries, lire, dessiner), j’essaye de passer du temps avec ma famille et je tente tant bien que mal de continuer le sport.

Quand ça ne va pas vraiment, j’ai tendance à me refermer sur moi-même, donc je coupe généralement mon téléphone pour quelques jours/semaines. Ce n’est pas forcément la chose à faire, mais comme ça je me concentre sur moi-même et je fais encore plus les activités que j’ai énoncées juste avant, tout en m’investissant dans mes études et ça me stresse moins.

Est-ce que tu penses que cette pandémie a généré une prise de conscience de l’importance de la santé mentale chez les étudiants ?

Je pense que cette prise de conscience débute seulement, et qu’elle va se terminer dès que les étudiants pourront de nouveau aller en cours régulièrement. 

Pourtant, si les conditions actuelles continuent encore des mois/années, les étudiants diront qu’il n’y a pas que les études dans la vie. Que ce n’est pas forcément le pilier central pour tous. J’ai en effet dit, pour ma part, que la fac réunissait tout ce dont j’ai besoin, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Faire la fête n’est pas forcément synonyme de décadence par exemple. Pour beaucoup c’est un moyen de s’évader du quotidien (aller étudier tous les jours) et d’oublier les problèmes (stress des examens), tout comme aller au musée, dans un bar ou au cinéma. Oui, rouvrir (aux étudiants de première année, pour les seuls cours en travaux dirigés) les universités c’est prendre conscience de la santé mentale des étudiants, mais pas encore totalement. Nous n’avons pas envie que « les meilleures années de notre vie » se résument à ça.