"MeToo, une révolution à accompagner"

Par Jean Spiri, conseiller régional d’Île-de-France, président du Crips et ambassadeur "Région Île-de-France sans sida".

Cela fait 4 ans que le mouvement #MeToo prend de l’ampleur en France. La parole se libère petit à petit, lentement mais de façon fracassante, dans le monde du spectacle, des médias, de la politique et même des associations. Ce qui était tu ou que personne n’osait écouter est désormais étalé au grand jour : la culture du viol existe bel et bien dans tous les milieux de la société, sans exception.

Jusqu’alors, le milieu gay restait relativement silencieux. La récente émergence d’un #MeTooGay doit être interprétée pour ce qu’elle est : le signe que partout, la parole se libère, que les codes changent. C’est une révolution douloureuse qui est en marche, brutale mais nécessaire. 

À la violence première de l’agression, se succèdent d’autres violences qu’il est tout aussi nécessaire de prendre en charge. La violence des réseaux sociaux, la violence des institutions judiciaires, la peur de ne pas être entendu, d’être marginalisé. Tout cela nous ne le découvrons pas aujourd’hui. Nous savons également qu’à ces violences peuvent s’ajouter la détresse psychologique, la précarité, les discriminations. 

Cela fait plusieurs années que nous observons la société bouger, secouée par les dénonciations et prises de positions contre les violences sexuelles. Nous avons eu le temps, individuellement et collectivement, de réfléchir aux enjeux et conséquences de ces paroles. Il est plus que temps que des mesures soient prises pour protéger réellement les victimes, qu’elles soient présumées ou avérées, des violences sexuelles. L’éducation au consentement doit être renforcée, et ce dès maintenant.

Je n’ai aucun doute sur la capacité des jeunes générations à transformer de façon durable le rapport de notre société aux violences sexuelles. La question est de savoir à quel point nous voulons les soutenir, pour que cette révolution soit rapide, efficace et durable.

Les associations œuvrent chaque jour à la réalisation des trois séances obligatoires d’éducation à la sexualité par année de scolarité. Ces séances, si elles sont respectées, permettront de voir naître des générations pour qui le consentement sera une évidence, pour qui les violences sexuelles seront inacceptables, sous toutes leurs formes.

C’est un travail de longue haleine qui ne pourra se faire sans la mise en place d’une politique ambitieuse en la matière. L’ensemble de la société civile, des associations et partis politiques, doivent se saisir de ce sujet afin d’accompagner et d’encourager cette transformation. C’est en ce sens que nous formons chaque année à ces questions de nombreux enseignants, infirmiers et travailleurs sociaux.

Dès cette année le Crips Île-de-France, organisme associé de la Région Île-de-France, va proposer sur le terrain, dans les lycées et les CFA, auprès des étudiants, des interventions ciblées uniquement sur le consentement. Aujourd’hui, nous abordons bien évidemment cette notion lors des interventions concernant l’éducation à la sexualité. Mais force est de reconnaître que les deux heures d’intervention sont parfois trop courtes pour que la notion soit suffisamment intégrée. Ces interventions ciblées sur le consentement ne peuvent être que complémentaires de celles sur l’éducation à la sexualité, et non s’y substituer. Nous demandons donc qu’un travail soit effectué rapidement avec l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur pour appliquer la loi, et aller au-delà avec ces modules que bien des associations sont aujourd’hui en capacité de mettre en place.