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LGBTQI+ phobies

Ce dossier propose un socle de connaissances, des notions et définitions autour du sujet afin de mieux comprendre les déterminants et les conséquences de la LGBTQIphobie. Il peut aussi permettre à ceux qui le souhaitent de sensibiliser un public à ce sujet.

LGBTQI + : C’est dans les années 1990 que le sigle LGBT apparaît. Le terme « homosexuel » (gay), considéré comme trop restrictif, est remplacé par ce sigle qui englobe soit une orientation sexuelle (lesbienne, gay, bisexuel), soit une identité de genre (transgenre). Il est ensuite rallongé pour intégrer le « Q » de queer et le « I » d’intersexe. Il est souvent accompagné d’un + pour inclure d’autres orientations sexuelles, identités et expression de genre.

La LGBTIPHOBIE est un sentiment ou manifestation de rejet, de mépris ou de haine envers les personnes perçues comme LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans ou intersexes) et tout ce qui est supposé s’y rattacher.

  • Quelques définitions

    Discrimination : Inégalité de traitement fondée sur au moins un des 20 critères suivants : âge /apparence physique/ appartenance réelle ou supposée à une ethnie/ appartenance réelle ou supposée à une nation/ appartenance réelle ou supposée à une race/ appartenance ou non à une religion déterminée/ état de santé/ identité sexuelle/ orientation sexuelle/ grossesse/ situation de famille/ patronyme/ sexe/ origine/ handicap/ mœurs/ opinion politique/ lieu de résidence/ caractéristique génétique/ activité syndicale.
    Et doit se produire dans les domaines de l'emploi, du logement, de l'éducation ou de l'accès aux biens et services.
    Contrairement aux inégalités et aux injustices, les discriminations bénéficient d'un cadre précis, juridique. Elles sont prohibées.

    Homophobie : Est désigné comme homophobe toute organisation ou individu rejetant l'homosexualité et les homosexuel·le·s, et ne leur reconnaissant pas les mêmes droits qu'aux hétérosexuel·le·s. L'homophobie est donc un rejet de la différence, au même titre que la xénophobie, le racisme, le sexisme, les discriminations sociales liées aux croyances religieuses, aux handicaps, etc. Les victimes en sont les homosexuel-·e·s, mais plus largement, les personnes dont l'apparence ou le comportement dérogent aux représentations traditionnelles de la féminité et de la masculinité.

    Le terme lesbophobie, apparu plus récemment, désigne les formes d'homophobie qui visent spécifiquement les lesbiennes. C'est une combinaison d'homophobie et de sexisme.
    Le terme de gayphobie, lui aussi plus récent, désigne les formes d'homophobie qui visent spécifiquement les hommes homosexuels.
    Les termes de biphobie, désignant les discriminations et les manifestations de rejet à l'encontre des bisexuel
    ·le·s, et de transphobie, à l'encontre des trans, sont souvent confondus à tort avec celui d'homophobie. (définitions SOS homophobie).

    Identité de genre : L'identité de genre est comprise comme faisant référence à l'expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu'elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l'apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres) et d'autres expressions du genre, y compris l'habillement, le discours et les manières de se conduire. Ce sont les Principes de Jogjakarta, publiés en 2007, qui formalisent les droits de l'homme en matière d'orientation sexuelle et d'identité de genre. (définition issue du préambule des Principes de Jogjakarta).

    Orientation sexuelle : L'orientation sexuelle fait référence à la capacité de chacun·e de ressentir une profonde attirance émotionnelle, physique et/ou sexuelle envers des individus du sexe opposé et/ou de même sexe, et d'entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus. (définition SOS homophobie).

    L'hétéronormativité peut se définir comme l'ensemble des normes qui font apparaître l'hétérosexualité comme cohérente, naturelle et privilégiée. Elle implique la présomption que toute personne est hétérosexuelle et la considération que l'hétérosexualité est idéale et supérieure à tout autre orientation sexuelle. L'hétéronormativité inclut également le fait de privilégier une norme d'expression des genres binaire qui définit ou impose les conditions requises pour être accepté·e ou identifié·e en tant qu'homme ou femme. (définition SOS homophobie).

  • Orientations sexuelles

    • BISEXUEL·LE : Qui peut avoir du désir ou éprouver des sentiments amoureux pour des personnes de toute identité de genre.
       
    • QUEER : une personne se dit « Queer » quand elle ne se reconnaît pas dans la sexualité hétérosexuelle, ou ne se sent pas appartenir à un genre défini.
       
    • ASEXUEL : Personne qui ne ressent pas le besoin d’avoir des rapports sexuels
       
    • INTERSEXE : Qui présente des caractéristiques sexuelles (génitales, gonadiques ou chromosomiques) ne correspondant pas aux définitions binaires typiquement mâle ou typiquement femelle, que ces caractéristiques soient visibles à la naissance ou apparaissent plus tard au cours de la vie.
       
    • TRANS : Qui ne se reconnaît pas, ou pas exclusivement, dans le genre assigné à la naissance. Les transidentités désignent les nombreux parcours qui vont à l’encontre des normes régissant le corps et le genre.
       
    • NON BINAIRE : Qui ne se reconnaît pas dans un ou plusieurs des systèmes binaires femme-homme, féminin-masculin, hétéro-homo. Les personnes non binaires peuvent rejeter ces catégories, contester leur caractère figé ou exclusif, transcender l’idée de norme ou se reconnaître dans des catégories différentes.
       
    • PANSEXUEL : Qui peut éprouver du désir ou des sentiments amoureux pour une personne sans considération pour son sexe ou son genre.

Manifestation de la LGBTQIphobie

Chaque année, le nombre d’actes homophobes augmente. Il s’agit pour la majorité des cas de rejets ou d’insultes, mais aussi d’humiliations, de harcèlement, de discriminations et de violences verbales ou physiques comme des coups et blessures, ou de comportements beaucoup plus graves comme des viols, des meurtres.

La violence se fait également de plus en plus sur Internet. Les cas de cyberharcèlement, de outing (révélation de l’orientation sexuelle et/ou de l’identité de genre d’une personne LGBTQI à l’insu de cette dernière ou contre son gré, SOS homophobie), d’insultes se multiplient. Les réseaux sociaux sont également propices aux discours haineux, sous couvert d’anonymat.

Ces informations émanent de deux enquêtes par :

  • SOS Homophobie qui réalise un rapport annuel avec un recensement des actes qui leur ont été confiés lors d’appels téléphoniques : Rapport SOS homophobie 2020 : 
  • L’Observatoire des LGBTphobies qui élabore des enquêtes avec l’IFOP : Enquête IFOP 

Facteurs et déterminants

Stéréotypes et préjugés

Les stéréotypes sont des idées toutes faites, des croyances fortement partagées que l'on attribue à un groupe de personnes. C'est l'ensemble des caractéristiques qui définissent un groupe en termes de comportement, d'habitudes ou encore de rôles sociaux.
Les préjugés sont des jugements portés d'avance sur une personne en fonction de ses caractéristiques supposées ; ils sont fondés sur les stéréotypes.
La catégorisation repose sur les stéréotypes, c'est un moyen de mieux cerner le monde. En être conscient permet de prendre du recul et d'éviter de construire des préjugés.

Hétérocentrisme / hétéronormalité

Le fait de définir la société selon la norme homme/femme avec chacun leurs critères propres comme : les hommes doivent être forts, les femmes sont féminines et de penser que seul le couple homme-femme peut fonctionner, place les personnes LGBT en dehors de la norme et donc crée une discrimination. De plus, pour renforcer leur appartenance à la norme, certaines personnes stigmatisent ceux qui sont en dehors.

Le modèle hétéronormatif binaire de l'homme masculin et de la femme féminine n'admettant que deux sexes et deux genres leur correspondant, l'homosexualité ne peut se comprendre qu'en termes d'inversion du genre : si un homme ressent du désir pour un autre homme, c'est qu'il y a du féminin en lui, la même explication valant pour une femme attirée par une autre femme, ce qui entraîne les idées reçues telles que les homosexuels sont efféminés et les lesbiennes sont masculines.

Le tabou de la sexualité

L'homosexualité renvoie à la sexualité, à l'intime, et les fantasmes sont courants notamment à cause des préjugés qui associent souvent homosexualité et vie sexuelle différente; au fait d'avoir plusieurs partenaires.

Conséquence de la LGBTQIphobie

La stigmatisation permanente, même si elle ne vise pas explicitement et directement une « victime », lui renvoie l’image, la représentation, que l’homosexuel ou la personne non conforme à son genre assigné à sa naissance est par définition « méprisable », et que sa stigmatisation est « légitime ».

 

On voit donc apparaître des comportements de résilience, mais aussi une perte d’estime de soi, de l’anxiété, de la honte, de la culpabilité, la crainte permanente d’être « démasqué » ou harcelé. Cela entraîne un repli sur soi, un risque majeur de comportements agressifs envers soi-même, de conduites à risques (alcool, drogues, rapports sexuels non protégés, etc.)

Rapport Teychenne : Discriminations LGBTphobes à l’école, état des lieux et recommandations : http://reseau-lcd-ecole.ens-lyon.fr/IMG/pdf/rapport_teychenne_discrihomophobe_ecole_2013.pdf

Des études ont en effet montré que le risque de comportements agressifs envers soi-même dépend du degré d'intégration d'un individu dans son milieu social. Les chiffres confirment cette théorie puisque le risque de tentatives de suicide est 2 à 7 fois plus élevé chez les homosexuel·le·s et bisexuel·le·s.

Les conséquences peuvent être sociales : difficultés à trouver un emploi, un logement, harcèlement au travail et un refus de soins de la part des personnels soignants.

Le vécu des personnes

Au fait d'être discriminé s'ajoute la peur de l'être. Le poids de la norme hétérosexuelle pousse les personnes, dont la sexualité est autre, à cacher leur orientation sexuelle ou à mettre en place des stratégies d’évitement ou d’invisibilité. Par exemple, ne pas se tenir la main ou s’embrasser dans les lieux publics, porter des vêtements neutres ou utiliser des chemins plus fréquentés.

Comment agir

L'éducation, dans les familles, dans les lieux de loisirs, à l'école, est l'un des meilleurs outils pour combattre les discriminations et faire évoluer les mentalités. Il s'agit d'expliquer la diversité, de sensibiliser au poids et rôle des normes dans la société, d'interroger les représentations et les stéréotypes, d'informer au fil des activités éducatives.

La lutte contre les violences et les discriminations est une des missions de l'École. La circulaire sur l'éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées (Éducation nationale, 12 septembre 2018) stipule : « Il s'agit d'une démarche éducative transversale et progressive, qui vise à favoriser l'estime de soi, le respect de soi et d'autrui, l'acceptation des différences, la compréhension et le respect de la loi et des droits humains, la responsabilité individuelle et collective, la construction de la personne et l'éducation du citoyen ».


Depuis 2003, une journée mondiale, le 17 mai, est consacrée à la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Au cours de cette journée, des idées d’actions sont étudiées et des réflexions sont menées pour lutter contre les violences physiques, morales ou symboliques liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.

  • Législation en vigueur

    Il existe plusieurs lois à différentes échelles (internationale et nationale).

    • Les pactes internationaux des Nations unies affirment que les États sont tenus de garantir l'exercice des droits de l'homme sans discrimination aucune fondée sur différents critères (l'orientation sexuelle n'y figure pas explicitement, mais il est mentionné « toute autre situation » en plus de l'origine, la fortune, la religion, l'opinion...) et les organes conventionnels respectifs considèrent, dans leur jurisprudence, que ces « autres situations » englobent ces deux aspects.
    • Au niveau européen, le Parlement a pris plusieurs résolutions sur les droits de l'homme et l'orientation sexuelle. La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne contient une disposition de non-discrimination générale dans l’article 21.1 qui mentionne également l'orientation sexuelle au nombre des motifs interdits de discrimination. En 2010, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a adopté la Recommandation 1915, concernant les discriminations sur la base de l'orientation sexuelle et l'identité de genre.
      D'après "La discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre en Europe "[étude/rapport] / Conseil de l'Europe (Strasbourg, France), 2011.

    Dans le droit français, l'orientation sexuelle fait partie des critères de discrimination interdits par la loi du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations. Au départ 17 critères étaient listés. En 2015, on peut en compter 20 (voir aussi site du défenseur des droits).
    Depuis la loi n° 2017-87 du 27 janvier 2017, l’article 132-77 du Code pénal prévoit un dispositif général aggravant les peines applicables aux infractions pénales commises en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre réelle ou supposée de la victime.

Zone de rebond

  • La Couveuse propose différents outils à utiliser
    Accompagnement pédagogique et documentaire