Tabac
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En 2021, l’étude Tabac et Cinéma menée par la Ligue contre le cancer a montré à quel point la cigarette est présente dans les films, souvent associée à des valeurs positives telles que la jeunesse, la séduction ou la réussite sociale.
À partir de cette étude, le Crips Île-de-France a conçu une campagne originale articulant trois spots parodiques et un entretien de décryptage avec Emmanuel Ricard. Une manière de révéler, par l’humour et l’analyse, les mécanismes d’influence du tabac à l’écran.
Notre ambition était de créer une campagne capable de faire comprendre un mécanisme d’influence. Partir des résultats de l’étude pour les traduire en images et en récits, en détournant les codes et les films eux-mêmes.
Le point central de cette campagne est l’entretien avec Emmanuel Ricard, directeur de la prévention à la Ligue contre le cancer. Son intervention replace les films dans leur véritable perspective, celle d’une lecture critique des images et d’un décryptage des stratégies de banalisation du tabac à l’écran.
L’étude met en évidence un premier levier d’influence majeur : la simple exposition. Voir fumer à l’écran ne relève pas d’un simple accessoire. Pour une partie du public, cette présence agit directement sur l’envie. Le communiqué de campagne rappelait ainsi que 58 % des 18–24 ans affirment que la présence du tabac dans les films donne envie de fumer.
Pour illustrer ce mécanisme, nous avons choisi de détourner Le Parrain. En remplaçant la cigarette par une carotte, le spot crée un décalage immédiat. Le geste reste le même, mais l’objet devient absurde. En faisant sourire, le spot invite surtout à prendre du recul sur la manière dont une image peut susciter l’envie de fumer sans même passer par le discours.
Le deuxième ressort d’influence tient à l’association entre tabac et séduction. L’étude montre que la cigarette continue d’être mise en scène comme un signe d’assurance, de charme ou de pouvoir relationnel. Le spot souligne donc que 72 % des ex-fumeurs considèrent que les cigarettes au cinéma incitent à reprendre la consommation.
Avec James Bond, nous nous sommes attaqués à l’un des imaginaires culte du cinéma populaire, à travers la figure du héros irrésistible, sophistiqué, parfaitement maître de lui. En substituant la cigarette à une carotte, le spot désamorce cette mécanique de glamour. Le détournement révèle à quel point certains codes de séduction tiennent moins à l’objet lui-même qu’à la mise en scène qui l’entoure. Il ne s’agit pas de ridiculiser un geste, mais de montrer que l’image de séduction construite autour du tabac relève d’une fabrication culturelle.
Le troisième levier renvoie au mimétisme. Plus une image est iconique, plus elle devient imitable. Dans ce cadre, le cinéma agit comme une fabrique de gestes, de postures et de comportements. L’étude rappelle qu’en moyenne, le tabac est visible 2,6 minutes par film, soulignant le caractère massif et répété de cette exposition.
Le Bon, la Brute et le Truand appartient à ces films dont les silhouettes, les attitudes et les mimiques ont marqué des générations. Ici, le détournement permet de mettre en scène la logique d’imitation de manière très concrète, notamment dans le regard porté par l’enfant sur l’écran. La carotte devient alors un révélateur. En reproduisant exactement les codes du héros, le spectateur comprend que le cinéma transmet aussi des gestes et des modèles.
Pour parler du tabac au cinéma, la campagne utilise le détournement visuel en remplaçant la cigarette par une carotte. Cela permet de révéler que la cigarette agit souvent, à l’écran, comme un accessoire de mise en scène, associé au style, à l’attitude, au pouvoir ou à la séduction, plus qu’à une véritable nécessité narrative.
Il ne s’agit donc pas de copier les grandes images du cinéma, mais de rejouer leurs codes pour mieux les retourner. En conservant le sérieux du jeu, la tension des scènes et la force des postures, tout en remplaçant l’objet central par un légume, la campagne crée une rupture immédiate. Ce qui semblait naturel devient soudain étrange, et ce décalage permet au spectateur de comprendre que certains gestes iconiques du cinéma doivent aussi leur puissance à une construction visuelle très codée.
Cette approche s’inscrit dans une tradition de parodie et de pastiche visuel, qui peut évoquer à la fois l’esprit d’OSS 117 et l’humour absurde des Z.A.Z. (Zucker, Abrahams and Zucker). Comme dans ces références, le rire naît du décalage entre le sérieux de la mise en scène et l’absurdité de ce qui est montré.
En rendant le geste absurde, la campagne met à distance une image normalisée par le cinéma et invite le spectateur à exercer son regard critique. La carotte porte d’ailleurs un double sens : elle évoque à la fois l’attraction, la promesse, la “carotte” que l’on tend, et l’idée de manipulation, à travers l’expression “se faire carotter”. On peut aussi penser aux enseignes de tabac, également appelées « carottes ».
Ainsi, il ne s’agit pas de condamner les œuvres, mais de montrer comment certaines images participent à fabriquer des représentations désirables. L’objectif de cette campagne consiste donc à transmettre un message de prévention, sans moraliser, en suscitant l’esprit critique des spectateurs.
Une action régionale collective
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Mois Sans Tabac, coordonné en Île-de-France par un collectif d’associations : les Comités départementaux d’Ile-de-France de la Ligue contre le cancer, le Crips Île-de-France, la Fédération Addiction, Le Souffle Île-de-France, le RESPADD et Addictions France sous le pilotage de l’ARS Île-de-France avec le soutien de l’Assurance Maladie.
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