Sida : « 2020 pourrait être une année noire pour la prévention et la prise en charge du VIH »

Par Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et Jean Spiri, président du Crips et ambassadeur "Région Île-de-France sans sida".

Tribune parue dans le Monde du 1er décembre 2020.

Le Covid a un impact négatif sur l’épidémie de VIH, s’alarment dans une tribune au « Monde » Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de- France, et Jean Spiri, président du centre régional d’information et de prévention du sida Ile-de-France, qui demandent une série de mesures pour faciliter le dépistage et la délivrance de la prophylaxie pré-exposition.

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a mobilisé et mobilise toujours des efforts massifs pour prendre en charge les malades, dépister, réduire les risques de contagion et adapter nos modes de vie. De nombreuses opérations ont dû être reportées et le suivi des autres maladies et infections est rendu difficile, d’une part par la saturation des hôpitaux, mais aussi par l’effet d’éviction flagrant engendré par la crise.

Certains patients renoncent aux soins, par peur d’encombrer le système de santé pour des pathologies autres, mais également par peur de contracter le virus du Covid. Cela peut être particulièrement le cas des personnes séropositives.

Le Covid a ainsi un impact très négatif sur l’épidémie de VIH, et ce n’est que le début si des mesures ne sont pas prises. L’accessibilité des outils de prévention et le niveau de dépistage ont largement baissé. Une baisse très forte du nombre de tests a été constatée par la Société française de lutte contre le sida, durant le premier confinement : 647 000 tests n’ont pas été effectués par rapport aux prévisions, soit près de 10 % du volume annuel.

Pour la délivrance de la prophylaxie pré-exposition (PrEP), ce traitement encore trop méconnu qui se prend avant des rapports sexuels et permet de se protéger de la contamination au VIH, le constat est le même, avec une baisse de 47 % pendant la période de confinement, qui s’est poursuivie lors du déconfinement. L’année 2020 pourrait donc être une année noire pour la prévention et la prise en charge du VIH, alors même que l’évolution des courbes ces dernières années nous donnait de l’espoir.

La région Ile-de-France, dont l’ensemble des élus a voté le plan Ile-de-France sans sida, a la responsabilité de marteler ce message : il ne peut y avoir de double peine, la crise du Covid-19 ne doit pas se doubler d’un recul de prévention VIH. Il y a urgence. Nous demandons que soit généralisé à toute l’Ile-de- France, dès 2021, le dispositif « Labo sans ordo », qui permet de faire un test VIH sans rendez-vous et sans ordonnance dans les laboratoires, et qui a prouvé son efficacité.

Nous demandons à ce que les autotests puissent être enfin délivrés par les médecins et les infirmières. Nous demandons en outre à ce que les pharmacies puissent réaliser directement les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD). Tout doit être mis en oeuvre pour que la peur du Covid ne soit pas un frein au dépistage du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST).

Concernant la PrEP, nous demandons à ce que soit enfin publié le décret permettant la primo-prescription en médecine de ville. Nous demandons aussi à ce que les infirmières, sous supervision médicale, puissent renouveler les prescriptions de PrEP afin de désengorger les centres de prescription. Nous demandons enfin qu’une véritable campagne en santé publique de communication grand public sur la PrEP puisse voir le jour rapidement. La région et le centre régional d’information et de prévention du sida (Crips) continueront à agir en ce sens, avec les associations et les partenaires. 

Sur le dépistage, par exemple, déjà 24 000 autotests ont été distribués par la région, des bus de dépistage ont été cofinancés avec les associations, des campagnes grand public dans les transports en commun ont été diffusées, comme encore cette année sur la prévention. 

Sur la PrEP, le soutien de la région a été constant, et nous allons poursuivre notre soutien à l’étude Prévenir du professeur Jean-Michel Molina [investigateur principal des premiers essais sur la PrEP en France]. La PrEP doit être disponible partout et pour tous en Ile-de-France : car, de San Francisco à Sydney, en passant par Londres, c’est grâce à la PrEP que l’épidémie a reculé. La région va donc référencer les centres de prescription dans ses supports numériques comme l’iPass contraception pour permettre au plus grand nombre de Franciliens d’y avoir recours. Il faut arrêter les atermoiements et demi-mesures si nous voulons véritablement mettre fin à l’épidémie de VIH.