CRIPS ÎLE-DE-FRANCE

Santé mentale : développer l'offre et favoriser l'expression de la demande

À l'occasion de la journée mondiale de la santé mentale le 10 octobre, le Crips Île-de-France prévention santé sida vous propose ce document présentant ses conclusions et orientations.

Cette note n’a pas pour but d’être exhaustive sur cette thématique mais de proposer des axes de travail en direction des jeunes et des publics prioritaires, à travers les actions de terrain et d'accompagnement des professionnels franciliens en prise avec ces publics.

La santé mentale : un enjeu majeur de santé publique

La santé mentale est une composante essentielle de la santé. L’Organisation mondiale de la Santé définit la santé mentale comme « l’état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel ».

Elle n’est pas limitée à l’absence de troubles, elle impacte et est impactée par chaque autre aspect de la santé : sexuelle, physique, sociale, environnementale.

Mise en lumière par les conséquences des confinements successifs et de la pandémie de Covid-19, les répercussions d’une mauvaise santé mentale en font une problématique de santé publique prioritaire. Car même si tout le monde ne développera pas un trouble mental au cours de sa vie, les problématiques de santé mentale nous concernent toutes et tous.

Une priorité de santé publique mise en lumière par la pandémie de Covid.

La Covid a eu un impact très fort sur la santé mentale de nos concitoyens, un impact largement documenté. Prenons par exemple l’enquête CoviPrev : 34% des personnes interrogées au cours de la vague de 2021 présentaient un état anxieux ou dépressif. L’impact de la pandémie s’est particulièrement fait ressentir chez les jeunes et les personnes au statut socio-économique modeste.

Santé mentale et déterminants de santé : l’impact de l’environnement quotidien.

Comme les autres dimensions de la santé, la santé mentale est influencée par de nombreux déterminants : des facteurs internes et externes à la personne qui interagissent et s’influencent entre eux. Ces déterminants de santé peuvent être classés en trois grandes catégories :

  • Les ressources psychologiques et individuelles (capacité de gestion des émotions, compétences relationnelles).
  • Les tissus relationnel et socio-économique (enfance, amis, famille, éducation, revenu).
  • Le contexte politique et sociétal (politique sociale, économique et culturelle).

L'impact fort de la santé mentale

La santé mentale à l'adolescence

On note parmi les facteurs de protection, le développement « d’habitudes sociales et émotionnelles » favorables au bien-être : rythme de sommeil, pratique d’une activité physique régulière, développement des capacités d’adaptation.

A l’inverse, parmi les facteurs de risque, on note «l’exposition aux violences sexuelles ou encore le harcèlement, des pratiques éducatives sévères », mais aussi l’exposition aux discriminations : les jeunes issus de minorités ethniques ou sexuelles sont ainsi davantage exposés aux troubles mentaux. (OMS, 2021). 

Données en population générale

En 2021, à niveau de développement équivalent, le taux de suicide en France était le plus élevé des pays européens.

45 %
En 2021, les tentatives et gestes suicidaires chez les 12-24 ans ont augmenté de 45%
20 %
des Françaises et des Français sont concernés par un trouble psychique et la dépression est aujourd’hui le premier motif

Ces constats alarmants font de la détresse psychique et des maladies psychiatriques [...] le premier poste de dépenses de l’assurance maladie.

(Santé Publique France, 2021)

Inégaux ... devant la santé mentale

  • Étudiants

    • 43% des étudiants présentent des signes de détresse psychologique, en 2021, un chiffre en hausse par rapport à 2020.
    • Seulement 1% des étudiants a utilisé les “chèques psy” mis en place par le gouvernement.
  • Aidants

    • D’après l’enquête BVA-Fondation April de 2018, 38% des aidants déclarent des problèmes de santé liés au stress, et 32% d’entre eux liés à un sommeil perturbé.
    • En 2019, onze millions de Français apportent quotidiennement un soutien à un proche dépendant et malade. Dont 500 000 aidants de moins de 18 ans.
  • Personnes en situation de handicap

    • Selon l’OMS, 1 Français sur 5 est atteint d’un trouble psychique en 2020.
    • Les troubles psychiques tels que la bipolarité, la dépression, l’épuisement professionnel, sont la première cause de handicap.
    • En 2020 et pour la 4e année consécutive, le handicap est le premier motif de discrimination pour lequel était saisi le Défenseur des droits.
  • Personnes vivant avec le VIH

    • Près de 13% des personnes vivant avec le VIH rapportent un épisode dépressif majeur dans l’année .
    • Plus globalement, 40% des PVVIH déclarent souffrir de troubles du sommeil, 60% de difficultés dans leur vie amoureuse et 70% craignent d’être stigmatisés.

    (Etude Ipsos, Écouter la voix des patients, 2018)

  • Mineurs non accompagnés

    • 64% des jeunes MNA souffrent d’insomnies et 13% ont des idées suicidaires.
  • Personnes LGBT

    • 16% des hommes gays et 18% des femmes lesbiennes déclarent avoir fait au moins une tentative de suivide dans leur vie.
  • Personnes vieillissantes

    • Plus de 20% des adultes de 60 ans et plus souffrent d’un trouble de santé mentale ou neurologique (à l’exclusion des céphalées) dont la dépression est le plus fréquent.
    • 1/3 des suicides concernent les plus de 65 ans.
  • Familles monoparentales

    • 15% des familles monoparentales se déclarent en mauvaise ou très mauvaise santé.
    • 72 % des parents solos souhaiteraient que l'assurance maladie prenne mieux en charge le sujet de la santé mentale.

    (Enquête Unaf, 2021).

Construisons les solutions sur la demande et l'offre en santé mentale

Favoriser un cadre collectif permettant l’expression de la demande de soutien et de soins

Nos constats

La santé mentale a une image souvent négative et réductrice. Elle est souvent considérée comme moins importante que la santé physique. Cette image négative et cette hiérarchisation entraînent un retard de demande de soins et sont la cause d’un retard au diagnostic. Sur le plan collectif, elles peuvent amener à des mesures de santé publique insuffisantes.

Nos propositions

  • Créer une campagne d’information sur la santé mentale dans les transports franciliens sur l’axe « lutte contre la stigmatisation ».
  • Mener une politique régionale ambitieuse de lutte contre les discriminations, discriminations qui font le lit des problématiques de santé mentale.

Augmenter notre capacité d'action en direction des jeunes sur la santé mentale

Nos constats 

Nos interventions auprès des jeunes en milieu scolaire s’inscrivent dans le cadre des séances d’éducation pour la santé. Lorsque l’on aborde la santé mentale, les thématiques suivantes sont abordées : les sources de bien-être, de mal-être, les émotions, les facteurs de protection et de vulnérabilité, ou encore la demande d’aide. Or, consulter un professionnel est souvent vu comme un tabou ou un aveu d'échec, ce qui constitue un frein à toute démarche d’aide.

Globalement, comme pour les 3 séances d’éducation à la sexualité, nos interventions en santé mentale invitent les jeunes à se questionner sur leur rapport aux autres et leurs émotions. Nous oeuvrons pour qu'ils développent les compétences psychosociales - l’esprit critique, l’empathie, la conscience de soi - nécessaires pour faciliter la demande d’aide, ou le soutien de leurs pairs.

Nos propositions

  • L’expérimentation en Île-de-France de la mise en place de 3 séances d’éducation à la santé mentale, sur le même modèle que celui prévu par la loi de 2001 sur l’éducation à la sexualité. A l’école comme au collège et au lycée, ces interventions basées sur les compétences psychosociales, auront pour but de renforcer la capacité des individus à faire face aux difficultés de la vie ; de les informer sur les droits et sur les structures de soin ; d’engager une prévention primaire des troubles psychiques et de favoriser un diagnostic précoce des troubles présents dès le plus jeune âge.
     
  • Le développement d’une approche « pair à pair », approche probante en santé mentale. L’objectif sera de renforcer l’accompagnement par les pairs pour faire émerger la demande de soutien et lutter contre les freins à l’accès aux soins. Cette initiative serait cohérente au regard de la volonté de développement des Groupes d’entraide mutuelle (groupe d’autosupport) ou l’émergence d’intervenants pairs-professionnels.

Organiser une offre de santé mentale cohérente et à la hauteur des défis

Nos constats 

En France, 10% des français connaissent un trouble dépressif au cours de l’année, et 40% d’entre eux n'ont pas recours aux soins. La méconnaissance des professionnels et des structures de soins, ainsi que le coût financier peuvent expliquer ce non-recours.

La très récente prise en charge des consultations en psychologie atteste de la prise en compte de la nécessité de prévenir et d’accompagner les personnes autrement que dans les facilités de soins psychiatriques ou d’urgence. Le dispositif “MonPsy”, mis en place depuis avril 2022, prévoit le remboursement à hauteur de 30 euros par séance, et jusqu’à 7 séances de suivi. Ce dispositif, s’il a le mérite d’exister, ne prend pas en compte le besoin d’accompagnement dans la durée, en dehors des dispositifs de soins psychiatriques, les personnes le nécessitant. Pour autant, de nombreux troubles psychiques peuvent être soignés grâce à un accompagnement psychologique. Par exemple, le trouble anxieux, trouble psychique le plus répandu, nécessite un accompagnement sur 12 à 25 séances avec un psychologue, comme le recommande l’HAS.

Les centres médico-psychologiques (CMP) et centres médico-psychologiques infanto-juvénile (CMP-IJ) sont des acteurs de proximité essentiels de l’offre de soins psychiatriques sur le territoire. Sectorisés, ces centres proposent un accueil et une prise en charge ambulatoire spécialisée pour toute personne en difficulté psychique. Ces structures font face à une demande de soins croissante et dans les faits, il faut souvent plusieurs mois en région francilienne pour obtenir un premier rendez-vous.

Nos propositions

  • Renforcer les moyens des CMP et CMP-IJ pour leur permettre de répondre aux besoins grandissants de demandes d’aide et de soutien.
     
  • Expérimenter largement la mise en place de permanences de consultation sans rendez-vous dans les structures de soins en santé mentale (CMP et CMP-IJ). Ce type de dispositif a été mis en place dans le domaine du VIH/sida via le dispositif Labo sans ordo : aujourd’hui, n’importe qui peut se rendre dans n’importe quel laboratoire d’analyses et demander un test VIH, sans rendez-vous et sans avance de frais. Il serait intéressant de transférer ce dispositif de la santé sexuelle vers la santé mentale.

Développer une approche territoriale efficace via les conseils locaux en santé mentale

Nos constats 

Le conseil local de santé mentale (CLSM) est « un espace de concertation et de coordination entre les élus, la psychiatrie, les représentants des usagers, les aidants et l’ensemble des professionnels du territoire. Il a pour objectif de définir et mettre en œuvre des politiques locales et des actions permettant l’amélioration de la santé mentale des populations concernées. » (Définition : Centre national de ressources et d’appui aux CLSM).

Les CLSM s’inscrivent dans le besoin d’une concertation territoriale pluridisciplinaire et décloisonnée dans le champ de la santé mentale.

Nos propositions 

  • Mettre en exergue le rôle central de l’élu local sur la thématique de la santé mentale, que ce soit en présidant le CLSM ou via son action au quotidien sur l’environnement immédiat de ses concitoyens
     
  • Mieux intégrer les usagers dans les CLSM. La place des usagers du système de santé au sein des CLSM est indéniablement une des forces de ce dispositif. Et cette place est à structurer : tout d’abord en expliquant aux usagers l’intérêt de leur engagement et les bénéfices individuels et collectifs attendus, mais également en organisant l’investissement des usagers au plus près des attentes, via l’action du coordinateur de CLSM.
     
  • Intégrer une diversité d’acteurs dans les CLSM, notamment des acteurs de lutte contre les discriminations. Cet élargissement des acteurs est justifié au regard des données disponibles prouvant l’impact des discriminations sur la santé mentale.
     
  • Élargir la mission des CLSM de l’offre de soin à une vision holistique de la santé mentale : le CLSM ne peut pas se contenter d’être une instance dédiée aux offres de soin, mais doit également permettre d’avoir une vision globale des actions à mettre en place afin de prévenir des troubles psychiques et des états de détresse psychologique. L’inclusion d’acteurs de prévention primaire et secondaire doit être une priorité dans sa constitution.

Le Crips engagé sur la santé mentale

Nos actions sur le terrain

Feel Good : développer les compétences psychosociales des enfants 

Feel Good est un programme d'animation et un projet qui vise à développer les compétences psychosociales des enfants en école élémentaire, afin de promouvoir le bien-être global et améliorer le climat scolaire. Il est composé de dix séances en co-animation par un professeur et un animateur expérimenté du Crips.

 

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Feel Good est un projet en trois axes qui s’inscrit dans la durée et qui inclue l’environnement global de l’enfant. À savoir :

  • Le développement des compétences psychosociales des enfants de 8 à 12 ans.
  • La formation de l’équipe enseignante.
  • La sensibilisation des parents.

Par ailleurs, les différentes activités proposées au cours de ces dix séances permettent aux enfants de mieux appréhender les émotions, mieux communiquer, identifier ses forces de caractère, résoudre des problèmes et bien d'autres thématiques.En effet, l’objectif de ce projet est de proposer un socle des compétences émotionnelles, sociales et cognitives fondamentales pour la réussite éducative et le bien-être global des enfants.

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L'environnement global de l'enfant est mobilisé (parents, enseignants, camarades) afin d'accroître l'efficacité de l'intervention et éviter la fragmentation des concepts entre le milieu scolaire et familial. En effet, l'éducation positive considère que l'école a pour rôle d'enseigner les compétences pour la réussite scolaire et le bien-être (Saligman, 2009). 

Découvrir le projet 

À nous les forces : developper les compétences psychosociales des lycéens 

« À nous les forces » est un programme d'animation du Crips qui se base sur les concepts de psychologie positive et les compétences psychosociales. En s’appuyant sur le concept des “forces de caractère”, il améliore le climat scolaire, booste la motivation et la créativité des jeunes. En effet, la découverte, le développement et l’utilisation de ces forces permettent de retrouver un engagement scolaire et de répondre aux problématiques rencontrées en classe. 

Sagesse, courage, humanité, justice, modération et transcendance sont les six grandes catégories de forces que chacun et chacune possède de façon plus ou moins accentuée. 

En proposant aux élèves d'utiliser ces forces sous différentes formes et face à des situations problématiques rencontrées, il est possible d’améliorer le bien-être et le climat de la classe, et par conséquent la motivation et l’engagement scolaire. Les séances du projet sont animées par les enseignants volontaires ayant bénéficié d'une formation de 3 jours par le Crips.

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Le programme est composé de cinq séances, chacune d'elle étant consacrée à un thème et des outils spécifiques. Les voici :

  • Séance n°1 : Connaître les forces.
  • Séance n°2 : Identifier ses forces et celles que l’on aimerait développer.
  • Séance n°3 : Identifier les forces des autres.
  • Séance n°4 : Identifier les forces du groupe classe.
  • Séance n°5 : Développer ses forces et celles du groupe classe.

Découvrir le projet

Paroles d'ados : bien-être

Paroles d'ados est un programme phare du Crips Île-deFrance. Décliné dans toute nos thématique de santé, cette animation de deux heures offre aux jeunes un espace d’échange autour des sources de bien-être et de mal-être.

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Elle a pour objectif d’identifier chez les jeunes des stratégies individuelles ou collectives pour maintenir ou améliorer leur état de bien-être et de pouvoir orienter les jeunes qui en auraient besoin, vers des professionnels adaptés. 

Les objectifs du programme : 

  • Favoriser l’expression des participants autour de leurs représentations et connaissances.
  • Aider les participants à identifier des stratégies de prévention appropriées.
  • Permettre aux participants de repérer les lieux et personnes ressources.

Découvrir le projet 

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    Date de création 01/02/2021
    Date de modification 15/02/2023
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