Sondage 2025 : les Français et la lutte contre le VIH

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un niveau d’information contrasté et des attentes fortes envers l’école et les professionnels de santé

Un niveau de connaissance perçu comme satisfaisant, mais des lacunes persistantes

La vague 3 du sondage « Les Français et la lutte contre le VIH » montre que la majorité de la population continue de se dire bien informée sur le VIH. Pourtant, derrière ce sentiment général, les résultats révèlent des angles morts encore marqués, en particulier concernant les modes de prévention les plus récents.

Si 76 % des personnes interrogées déclarent être bien informées, seuls 15 % estiment l’être « très bien ».
Cette nuance a toute son importance, car elle souligne une connaissance qui demeure essentiellement superficielle. Les Français associent toujours spontanément le VIH à son image classique de maladie sexuellement transmissible, mais connaissent moins bien les avancées médicales et réglementaires d’aujourd’hui.

Les jeunes affichent un paradoxe révélateur : ils déclarent se sentir moins informés que les années précédentes, mais maîtrisent pourtant mieux que leurs aînés des notions clés comme la PrEP ou le TasP. Cette ambivalence traduit un rapport plus critique à l’information, mais aussi un besoin d’accompagnement plus structuré.

Un sentiment d’information globalement positif, mais qui masque des fragilités

Bien que 76 % des Français se disent « bien informés » sur le VIH, seuls 15 % s’estiment « très bien informés ».

Une confiance globale qui s’effrite

Ce sentiment d’information, pourtant majoritaire, connaît un recul notable : en 2023, ils étaient encore 80 % à se considérer bien informés. En deux ans, l’indicateur perd donc quatre points, marquant un affaiblissement progressif de la confiance du public en ses connaissances. Les jeunes de 15 à 34 ans affichent un recul notable de leur niveau d’information auto-déclaré par rapport à 2023, malgré une meilleure maîtrise objective de certaines connaissances.

Les jeunes, les moins confiants de toutes les générations

Ce qui frappe le plus dans les données, c’est la fracture générationnelle.
Alors que les plus âgés affichent une grande assurance :

  • 50–64 ans et + : 80 % bien informés,

les jeunes se montrent nettement moins sûrs d’eux :

  • 15–24 ans : seulement 62 %,

  • 25–34 ans : 71 %.

Autrement dit, les jeunes adultes restent les moins confiants, malgré une exposition plus fréquente aux outils numériques, aux campagnes en ligne et aux contenus d’information dédiés à la santé sexuelle. Ce manque de confiance pourrait être lié à une meilleure conscience des nuances, mais aussi à un déficit de prévention institutionnelle dans les milieux scolaires ou universitaires, comme le suggèrent d’autres pages du rapport.

Le préservatif reste perçu comme l’unique moyen de prévention par une majorité

Malgré les progrès scientifiques et les multiples outils désormais disponibles pour prévenir la transmission du VIH, une idée largement dépassée continue de dominer : pour une majorité de Français, le préservatif reste perçu comme le seul moyen de prévention. C’est l’un des constats marquants de l’enquête « Les Français et la lutte contre le VIH – Vague 3 », qui révèle des lacunes persistantes dans la connaissance des alternatives existantes.

En 2025, 59 % des Français pensent encore que le préservatif est le seul mode de prévention contre le VIH. À l’inverse, 40 % savent qu’il existe d’autres outils, et 1 % ne se prononcent pas.

Une légère amélioration, mais très insuffisante

Le chiffre de 59 % marque un léger recul par rapport à 2023, où ils étaient 64 % à tenir cette idée, soit une baisse de 5 points.
Cette évolution reste timide. Elle montre que les progrès sont réels, mais trop lents pour répondre aux besoins actuels de prévention.

Un fossé générationnel très marqué

L’analyse par tranche d’âge révèle des écarts particulièrement importants :

  • 15–24 ans : 33 % pensent que le préservatif est le seul moyen.

  • 25–34 ans : 48 %.

  • 35–49 ans : 60 %.

  • 50–64 ans : 72 %.

  • 65 ans et plus : 76 %.

Les données sont sans appel : les plus âgés sont les moins informés sur les différents moyens de prévention, tandis que les plus jeunes sont nettement plus au fait de leur diversité.

La génération des 15–24 ans se distingue nettement : ils sont deux fois moins nombreux que les plus de 65 ans à croire que le préservatif est l’unique solution.

Un enjeu majeur : rendre visibles toutes les formes de prévention

Pour répondre aux besoins des différentes générations, une stratégie plus ambitieuse est nécessaire :

  • expliquer le fonctionnement des nouveaux outils,
  • multiplier les campagnes sur la pluralité des moyens de prévention,
  • et accompagner particulièrement les publics les plus âgés, qui apparaissent comme les moins informés.

L’enjeu n’est plus seulement de prévenir, mais de faire évoluer durablement les représentations, afin que chaque individu puisse s’appuyer sur l’ensemble des options disponibles pour se protéger efficacement.

Une connaissance très inégale des traitements préventifs

Une majorité connaît la PrEP, mais la connaissance reste superficielle

Selon le rapport, 55 % des Français savent qu’il existe aujourd’hui un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives pour éviter une contamination par le VIH.
Ce chiffre confirme une progression lente mais réelle de la notoriété de la PrEP dans la société.

Pour autant, 45 % continuent soit d’ignorer son existence, soit de croire que cette affirmation est fausse.

Autrement dit, près d’une personne sur deux n’a pas connaissance d’un des outils les plus efficaces de la prévention moderne.

Les plus jeunes sont nettement mieux informés, tandis que les plus de 50 ans restent en retrait sur ces deux connaissances clés.

La TasP : une information encore trop méconnue

Là où la situation est plus préoccupante, c’est du côté de la TasP (Treatment as Prevention).
Le principe « une personne séropositive sous traitement efficace et correctement suivi ne transmet pas le VIH » n’est considéré comme vrai que par 42 % des répondants.

Pour près de 56 %, l’information est jugée fausse ou mal comprise — un chiffre qui illustre la persistance de préjugés durables autour du VIH, de la transmission et des personnes séropositives.

Ce manque de connaissance contribue à entretenir des stigmates, et surtout à limiter l’impact des messages de prévention fondés sur les avancées scientifiques.

Un fossé générationnel net : les jeunes mieux informés

Comme sur les autres indicateurs du rapport, les écarts entre générations sont très marqués :

Connaissance de la PrEP

  • Moins de 35 ans : 61 %

  • 50 ans et plus : 51 %

Connaissance de la TasP

  • 25–34 ans : 51 %

  • 50 ans et plus : 63 % pensent (à tort) que l’affirmation est fausse

Les jeunes sont donc, à nouveau, ceux qui disposent des connaissances les plus à jour, même s’ils se sentent globalement moins informés que leurs aînés.

À l’inverse, les personnes plus âgées affichent une confiance élevée dans leurs connaissances, mais sous-estiment souvent les progrès médicaux.

Des connaissances stables par rapport à 2023

Le rapport montre que la connaissance de la PrEP (55 %) est légèrement supérieure à celle mesurée en 2023 (53 %), tandis que la connaissance de la TasP reste globalement stable (45 % en 2023).
Malgré ces petites avancées, la progression demeure limitée, surtout au regard de l’importance de ces outils dans la stratégie nationale de prévention.

Pourquoi ces lacunes persistent-elles ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette méconnaissance :

  • une faible médiatisation des outils de prévention médicale,

  • une absence de transmission systématique de l’information lors des consultations médicales — comme le montrent les pages 22 à 24 du rapport,

  • un manque de campagnes nationales dédiées,

  • un niveau d’exposition très variable selon l’âge, le milieu social ou le rapport au dépistage.

Ces lacunes limitent l’accès à une prévention complète et adaptée, et contribuent à maintenir des idées fausses sur les conditions réelles de transmission.

L’enjeu : diffuser largement les avancées scientifiques

Ces chiffres montrent qu’il reste un travail conséquent pour faire connaître la pluralité des méthodes de prévention :

  • la PrEP, très efficace et accessible,

  • la TasP, qui change radicalement la perception de la transmission,

  • leurs complémentarités avec les autres outils de prévention.

Pour atteindre cet objectif, l’information doit être diffusée de manière beaucoup plus large, régulière et structurée, tant à l’école que dans les cabinets médicaux.

Les réglementations mieux connues qu’auparavant

Des avancées réelles dans la connaissance des dispositifs

Le rapport révèle que la majorité des Français savent désormais que plusieurs mesures facilitent l’accès à la prévention :

  • 71 % savent que les préservatifs sont gratuits en pharmacie pour les moins de 26 ans.

  • 64 % connaissent la gratuité du dépistage dans tous les laboratoires d’analyses médicales.

  • 63 % savent qu’il est possible de se faire dépister sans ordonnance.

Ces indicateurs montrent une progression notable par rapport à 2023, où la connaissance de ces dispositifs était nettement plus faible. Les Français sont donc mieux informés sur les démarches accessibles, ce qui constitue un levier essentiel pour améliorer le recours au dépistage.

Les jeunes et les CSP+ : les mieux informés

Certains groupes se démarquent par un niveau d’information supérieur à la moyenne :

  • 80 % des 15–24 ans savent que les préservatifs sont gratuits pour les moins de 26 ans.

  • Les CSP+ affichent également une bonne connaissance de la gratuité des préservatifs (74 %).

Renforcer la prévention à l’école : la priorité numéro un des Français

Les propositions jugées les plus importantes pour améliorer l’information sur le VIH sont :

  • Renforcer la prévention en milieu scolaire : 69 %
  • Augmenter les campagnes de communication : 49 %

  • Former les professionnels de santé : 39 %

La prévention à l’école : une priorité forte, mais une réalité jugée insuffisante

Les Français placent clairement l’école au cœur l’information sur le VIH.

Pour 69 % d’entre eux, renforcer la prévention en milieu scolaire est la première mesure à mettre en œuvre pour améliorer l’information sur le VIH. L’importance accordée à cette mission éducative progresse depuis trois ans, signe d’un consensus national solide.

Pourtant, du côté des parents, le constat est plus nuancé. Près de la moitié des parents d’enfants au collège ou au lycée estiment que leurs enfants ne sont pas suffisamment sensibilisés à ces enjeux dans leur établissement scolaire. Cette perception est même en recul par rapport à 2023.

La demande de renforcer l’éducation sexuelle et affective apparaît donc comme une conséquence directe d’une baisse réelle ou ressentie de la prévention dans les établissements.

L’intelligence artificielle, un outil d’information pour les plus jeunes

L’essor de l’intelligence artificielle comme source d’information pour les jeunes

Un élément nouveau ressort de l’enquête : l’intelligence artificielle s’impose comme une ressource d’information pour les questions liées à la sexualité, à la vie affective et aux relations.
Au total, 26 % des Français déclarent avoir déjà utilisé un outil d’IA pour répondre à leurs questions dans ces domaines.
Parmi eux, 10 % le font souvent ou systématiquement.

Ce phénomène est particulièrement fort chez les jeunes. Près d’un quart des personnes de moins de 35 ans utilisent l’IA de manière régulière pour aborder des sujets intimes. Cela montre à la fois une adaptation aux nouveaux outils, mais aussi un manque de ressources, que ce soit à la maison, à l’école ou auprès des professionnels de santé.

Les Français attendent davantage des professionnels de santé

Un rôle largement reconnu

Les répondants estiment très majoritairement que différents professionnels sont légitimes pour aborder la santé sexuelle :

  • Gynécologues : 94 %

  • Médecins généralistes : 93 %

  • Infirmiers : 84 %

  • Sages-femmes : 83 %

Ces niveaux augmentent par rapport à 2023, signe d’une attente croissante

Des attentes élevées envers les professionnels de santé, mais un dialogue encore trop rare

L’enquête confirme que les Français reconnaissent largement la responsabilité des professionnels de santé en matière d’éducation à la sexualité.
Ils considèrent presque unanimement que les gynécologues (94 %) et les médecins généralistes (93 %) doivent aborder la santé sexuelle avec leurs patients. Les infirmiers, sages-femmes, psychologues et pharmaciens voient également progresser l’attente à leur égard.

Pour autant, ces attentes se heurtent à une réalité beaucoup plus limitée.
Lorsque l’on interroge les Français sur leur pratique réelle :

  • seuls 43 % discutent au moins de temps en temps de leur santé sexuelle avec un gynécologue,

  • 27 % avec un généraliste,

  • et les autres professionnels restent en dessous de 15 %.

Pire encore : ces chiffres sont en recul par rapport à 2023.

Malgré cela, 66 % des Français souhaiteraient que ces sujets soient systématiquement abordés lors des rendez-vous médicaux, notamment pour évoquer les dépistages ou les moyens de prévention.
Cet écart entre attentes et pratiques met en évidence un besoin urgent de renforcer la formation et les habitudes d’échange dans les consultations.

Un souhait de questions systématiques en consultation mais les échanges restent encore trop rare

Une très large majorité de Français souhaitent que la santé sexuelle soit abordée de manière systématique lors des rendez-vous médicaux. Pourtant, les échanges sur ces sujets demeurent encore occasionnels, voire inexistants, chez la plupart des professionnels de santé.

Malgré ces attentes, seuls :

  • 43 % parlent au moins occasionnellement de sexualité avec un gynécologue,

  • 27 % avec un généraliste,

  • moins de 15 % avec d’autres professionnels.

Ces chiffres sont en baisse, marquant un recul des échanges sur la sexualité depuis 2023

Un enjeu majeur pour la prévention du VIH

Le fait que la santé sexuelle ne soit pas abordée plus fréquemment en consultation représente un frein direct à la prévention du VIH et des IST.
Sans échange ouvert :

  • la connaissance des moyens de prévention reste faible,

  • les dépistages sont moins réguliers,

  • et certains publics, notamment les plus âgés, restent exclus des dispositifs d’information.

À l’inverse, lorsque ces discussions ont lieu, les chiffres du rapport montrent qu’elles contribuent significativement à une meilleure connaissance, à un recours accru au dépistage, et à une compréhension plus juste des outils modernes comme la PrEP ou la TasP.

un besoin urgent de renforcer l’éducation et le dialogue sur la sexualité

Au terme de cette enquête, un constat net se dessine : si les Français affirment connaître le VIH, leurs connaissances restent souvent partielles et parfois dépassées, notamment sur les avancées essentielles que représentent la PrEP ou le TasP.

Dans un contexte où près de six personnes sur dix continuent de penser que le préservatif est le seul moyen de prévention, et où les échanges avec les professionnels de santé demeurent rares et en recul, la nécessité de renforcer la pédagogie apparaît incontournable.

L’étude montre également que l’école reste, aux yeux du public, le premier levier d’action. Pourtant, une part importante des parents juge que la sensibilisation dans les établissements est insuffisante, tandis que les programmes EVAR(S), pourtant largement soutenus, demeurent encore trop peu connus.

Parallèlement, un nombre croissant de jeunes se tourne vers l’intelligence artificielle pour obtenir des réponses sur la sexualité, signe d’une transformation profonde des habitudes d’information… mais aussi d’un manque de repères institutionnels.

L’écart persistant entre les attentes exprimées par la population et la réalité des pratiques souligne l’urgence d’une stratégie cohérente : renforcer la formation, structurer davantage les temps de dialogue et inscrire durablement la prévention dans les parcours éducatifs comme dans le suivi médical.

Plus qu’une simple photographie de l’opinion, le rapport met en lumière un enjeu majeur de santé publique : reconstruire une culture partagée de prévention, accessible, claire et adaptée aux nouvelles façons de s’informer.